Conflit qui revient : ce que révèle la médiation approfondie

Publié par Karine Biava
Le 04/07/2026

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Conflit qui revient : ce que révèle la médiation approfondie

Pourquoi vos conflits reviennent malgré la médiation ?

Le conflit qui revient n'est pas toujours un échec de la médiation

Face à une tension, dans une entreprise, une famille, un couple, une fratrie, entre associés ou dans un collectif, l'explication la plus immédiate consiste souvent à désigner les personnes : ego, mauvaise communication, personnalités difficiles, incapacité à se parler. Une médiation est alors proposée, et c'est souvent une réponse pertinente. Le dialogue reprend, la tension baisse, chacun se sent davantage entendu, une décision peut être prise, un accord peut être trouvé, une relation peut redevenir praticable.
Mais dans certaines situations, quelques semaines ou quelques mois plus tard, une tension similaire revient, parfois sur un autre sujet, avec d'autres mots, autour d'un autre événement. Le contenu change ; la dynamique, elle, reste identique.

push_pinCe constat ne signifie pas nécessairement que la médiation a échoué. Il indique plutôt que le conflit visible n'était peut-être qu'un symptôme d'un fonctionnement plus large, resté quant à lui inchangé.

La question à se poser ne se limite alors plus à comment résoudre ce différend précis. Elle devient aussi : qu'est-ce qui continue à produire ce type de conflit ? C'est là qu'il faut distinguer trois démarches proches, mais qui ne répondent pas au même moment de la vie d'un conflit : la médiation classique, la médiation préventive et la médiation approfondie du conflit.

La médiation classique intervient lorsqu'un conflit est déclaré

La médiation classique intervient généralement lorsqu'un différend est déjà présent et identifiable. Deux personnes, deux groupes, deux associés, deux membres d'une famille ou plusieurs acteurs d'un collectif n'arrivent plus à se parler correctement. Le dialogue est coupé, saturé, évité ou devenu trop risqué.
Le rôle du médiateur consiste alors à créer un cadre sécurisé, à permettre à chacun d'exprimer ce qui est important pour lui, à clarifier les incompréhensions, à distinguer les faits, les ressentis, les interprétations et les demandes, puis à aider les personnes à rechercher une issue acceptable. Cette médiation peut être suffisante : dans de nombreuses situations, le problème est bien un différend ponctuel, une décision mal comprise, un malentendu, une parole blessante, un désaccord circonscrit, une difficulté de communication, une négociation devenue tendue. Une fois le dialogue restauré, l'accord ou la clarification obtenus, la relation peut retrouver un fonctionnement suffisamment satisfaisant.

push_pinIl serait donc excessif de chercher systématiquement un fonctionnement caché derrière chaque conflit.

Mais il existe d'autres situations. ⚠️Le différend visible est réglé, mais une tension revient. La personne avec qui l'on se dispute change, mais le scénario reste le même.
Le sujet paraît nouveau, mais il réactive toujours la même blessure, la même rivalité, la même confusion, la même absence de cadre ou la même lutte de place. Dans ces cas-là, le conflit déclaré n'est peut-être pas seulement un problème à résoudre : il est aussi un signal.

La médiation préventive intervient avant même que le conflit n'apparaisse

La médiation préventive, elle, répond à une autre logique. Elle intervient avant même qu'un sujet sensible n'existe ou avant qu'un désaccord ne soit identifié. Elle ne répond pas à une tension déjà constituée : elle anticipe le risque qu'une tension apparaisse un jour. Concrètement, c'est une démarche que l'on engage à froid.
Dans une entreprise, il peut s'agir de clarifier les règles de gouvernance entre associés avant tout désaccord : qui décide quoi, comment les décisions importantes sont prises, comment les désaccords seront traités, quelles règles s'appliquent en cas de blocage, comment les rôles sont répartis. Dans une famille, il peut s'agir de poser un cadre de décision avant qu'une succession, une dépendance parentale ou une transmission patrimoniale ne devienne un sujet brûlant. Dans une équipe, il peut s'agir de formaliser des règles de fonctionnement alors que tout va bien, mais que chacun sait que la croissance, le recrutement, la charge de travail ou la complexité future peuvent créer de la friction. Dans une entreprise familiale, il peut s'agir de distinguer à l'avance ce qui relève de la famille, du patrimoine, de la direction, de l'argent, de la reconnaissance, du pouvoir ou du travail réel de chacun.

push_pinDans la médiation préventive, il n'y a pas encore de conversation difficile à réparer. Il y a une structure à consolider, pour que si une conversation difficile survient un jour, elle trouve déjà un cadre.

La médiation préventive travaille donc sur le système avant la crise : les règles, les rôles, les processus de décision, les circuits d'information, les espaces de discussion, les limites, les responsabilités. Elle est souvent plus institutionnelle : protocole, charte, gouvernance, processus, cadre de décision, règles de fonctionnement. Sa question centrale est : comment éviter qu'un problème n'apparaisse un jour ?

La médiation approfondie du conflit intervient après l'éclatement du conflit

La médiation approfondie du conflit se situe ailleurs. Elle ne se confond pas avec la médiation préventive, parce que le conflit est déjà là. Le feu a déjà pris. Les reproches ont été formulés, les ressentiments se sont installés, la confiance a parfois été abîmée, les positions se sont durcies. Des paroles ont pu blesser. Certains se sont tus trop longtemps, d'autres ont pris trop de place. Des décisions ont été contestées, des alliances se sont formées, des évitements se sont installés.
La première étape reste donc bien une médiation du conflit déclaré : il faut recréer des conditions minimales de dialogue. Mais une fois que la parole redevient possible, une autre étape peut commencer.

push_pinC'est là que la médiation approfondie du conflit devient utile : elle consiste à faire après la crise une partie du travail que la médiation préventive aurait idéalement permis de faire avant. On ne se contente pas d'éteindre le feu, on cherche aussi à comprendre ce qui l'a attisé.

⚠️La question n'est plus seulement comment sortir de ce conflit. Elle devient : qu'est-ce qui, dans notre fonctionnement, a rendu ce conflit possible, répétitif, inflammable ou difficile à apaiser ?
Cette nuance est essentielle : la médiation préventive travaille à froid pour éviter qu'un problème n'apparaisse, tandis que la médiation approfondie travaille après l'apparition du problème, lorsque le conflit a déjà révélé une fragilité du système relationnel.
Elle reprend alors certains objets de la prévention, règles, rôles, processus de décision, responsabilités, limites, places, modalités de communication, circuits d'information, reconnaissance, mais elle les travaille dans un contexte émotionnel beaucoup plus chargé, parce que le conflit a déjà laissé des traces.

Ce que la psychologie des systèmes relationnels apporte à cette lecture

Pour comprendre pourquoi un conflit peut revenir malgré une médiation réussie, il est utile de se tourner vers les apports de la psychologie systémique, développée notamment autour des travaux de chercheurs comme Gregory Bateson ou Paul Watzlawick. Cette approche part d'un constat simple : dans un système relationnel durable, qu'il s'agisse d'une famille, d'un couple, d'une équipe, d'une fratrie, d'une association ou d'une entreprise, chaque comportement individuel s'inscrit dans un ensemble de règles implicites, de rôles distribués et d'équilibres établis avec le temps. Ces règles ne sont pas toujours écrites, ni toujours conscientes, mais elles organisent silencieusement qui décide, qui porte la charge, qui parle, qui se tait, qui répare, qui conteste, qui évite, qui impose, qui prend soin de l'harmonie du groupe, qui devient le problème apparent.

Le symptôme porteur : quand une personne concentre la tension du groupe

Un concept issu de cette tradition, celui de symptôme porteur ou de patient désigné, décrit un phénomène fréquent : une personne, ou un sujet précis, concentre visiblement une tension qui appartient en réalité à l'ensemble du système relationnel. Dans une famille, un enfant peut ainsi devenir le point de fixation apparent d'un désaccord parental plus large. Dans une fratrie, la question d'une maison familiale peut concentrer des années de comparaisons, de loyautés, de places blessées ou de charges inégalement portées. Dans une entreprise, une personne peut cristalliser des tensions qui trouvent en réalité leur origine dans une gouvernance floue, une absence de règles de décision ou une répartition implicite des responsabilités. Dans un couple, une dispute sur l'argent, les enfants ou l'organisation quotidienne peut révéler une peur plus profonde de ne pas compter, de ne pas être soutenu, ou de porter seul une charge devenue trop lourde.
Cette lecture ne doit évidemment pas servir à poser un diagnostic sur les personnes. Dans un cadre de médiation, elle sert surtout à déplacer le regard : au lieu de réduire le conflit à un individu difficile ou à un seul incident, elle permet d'interroger le fonctionnement relationnel dans lequel ce conflit a pris forme.
Traiter uniquement le symptôme visible, sans interroger le système qui l'a produit, apaise souvent la situation à court terme, sans empêcher qu'un autre symptôme n'apparaisse plus tard, ailleurs, sous une autre forme.

L'homéostasie relationnelle : pourquoi le système résiste au changement

À ce concept s'ajoute celui d'homéostasie relationnelle, qui désigne la tendance d'un système à revenir vers son équilibre habituel, même lorsque cet équilibre est inconfortable ou source de souffrance. Un groupe peut vouloir changer, sincèrement. Mais si les règles implicites, les places, les habitudes de décision et les façons de gérer les tensions restent identiques, le système tend souvent à revenir à son mode de fonctionnement antérieur.

push_pinC'est précisément pour cette raison que certaines tensions, apaisées un temps, réapparaissent ensuite sous une forme légèrement différente. Le système est simplement revenu à son équilibre habituel, celui-là même qui avait produit la première tension.

Le conflit visible peut cacher un problème de fonctionnement

Dans une entreprise, un désaccord peut apparaître entre deux personnes alors que le problème provient d'une vision floue, de rôles mal définis, de décisions prises en silo ou d'une gouvernance restée implicite depuis la création de la structure. Le conflit se présente comme une opposition personnelle ; en réalité, il peut révéler une absence de cadre. Qui décide ? Qui valide ? Qui arbitre ? Qui est consulté ? Qui doit être informé ? Que fait-on quand deux responsables ne sont pas d'accord ? Quels sujets relèvent de l'opérationnel, du stratégique, du financier ou de l'affectif ? Sans clarification de ces points, chaque nouvelle décision peut devenir le support d'un nouveau conflit.
Dans une famille, un conflit peut porter sur une maison, une succession, l'aide à un parent dépendant ou une transmission patrimoniale. Le sujet profond, lui, peut concerner une place jamais reconnue au sein de la fratrie, une charge portée seule pendant des années sans jamais être nommée, ou une comparaison ancienne entre enfants qui continue d'organiser silencieusement les rapports adultes.
Dans un couple, une dispute peut porter sur l'argent, les enfants ou l'organisation quotidienne, alors qu'elle réactive une peur plus profonde de ne pas compter suffisamment aux yeux de l'autre, une fatigue accumulée sur plusieurs années, ou une absence de décision commune sur un projet de vie que ni l'un ni l'autre n'a jamais osé formuler clairement. Entre associés, un désaccord apparemment ponctuel, portant par exemple sur une dépense, un recrutement ou une décision commerciale, peut être entretenu par une confusion plus ancienne entre amitié personnelle, pouvoir décisionnel, apport financier, prise de risque et reconnaissance du travail fourni par chacun. Dans une petite équipe ou une entreprise familiale, la complexité augmente encore, parce que les dimensions affectives, économiques, historiques, patrimoniales et décisionnelles se superposent fréquemment sans qu'aucune ligne claire ne les distingue.

push_pinLe sujet apparent d'un conflit n'est presque jamais tout le conflit. Une dépense contestée, une maison à vendre ou un délai non tenu ne racontent qu'une partie de ce qui se joue réellement entre les personnes concernées.

push_pinC'est précisément dans ces situations que la médiation approfondie du conflit prend tout son sens : elle permet de ne pas s'arrêter uniquement à la scène visible du conflit, mais d'aider les personnes concernées à regarder aussi le décor, les règles du jeu, les places occupées, les habitudes installées et les questions jamais vraiment posées.

Une posture précise : ni conseil imposé, ni diagnostic extérieur

Cette démarche ne relève pas du conseil stratégique donné de l'extérieur par un expert. Le tiers ne dit pas au groupe "voici votre diagnostic", ni "voici précisément ce qu'il faut faire pour que cela cesse". Une telle posture reviendrait à imposer une lecture extérieure à un système relationnel qui doit, pour que le changement soit durable, devenir capable de se comprendre lui-même. Le rôle du tiers consiste plutôt à créer les conditions permettant aux personnes concernées de mener elles-mêmes leur propre analyse de ce qui a créé, entretenu ou progressivement rigidifié le conflit.
Cette analyse collective s'appuie sur des questions que le groupe ne parvient généralement pas à se poser seul, précisément parce que ces mécanismes lui semblent naturels, évidents, allant de soi depuis longtemps : qu'est-ce qui déclenche concrètement les tensions les plus fréquentes ? Quels sujets reviennent systématiquement, quelle que soit l'occasion qui les fait émerger ? Quelles règles restent implicites alors qu'elles organisent en réalité une grande partie des décisions du groupe ? Qui décide véritablement, au-delà de ce que les statuts, les habitudes ou les apparences laissent supposer ? Qui porte, dans l'ombre, la charge la plus lourde ? Qui parle systématiquement à la place de qui, et qui se tait pour éviter une explosion redoutée ? Quels besoins, exprimés ou non, ne sont jamais réellement reconnus par les autres membres du groupe ? Quelles décisions sont prises trop vite, trop tard, ou sans consulter les bonnes personnes ? Quelles limites devraient être clarifiées pour que chacun sache précisément ce qui est acceptable et ce qui ne l'est plus ?

push_pinLe tiers conserve, tout au long de ce travail, une posture de médiateur : il ne décide jamais à la place du groupe, ne désigne aucun coupable, n'impose aucune solution préétablie. Son rôle consiste essentiellement à rendre visibles les différents niveaux qui composent le conflit : les faits, les ressentis, les interprétations, les décisions, les places occupées, les besoins exprimés ou tus, les limites existantes ou absentes, les responsabilités réparties, les règles implicites et la temporalité propre à chaque sujet abordé.

La prévention de la répétition des conflits commence généralement à cet endroit précis, non pas dans l'idée naïve qu'aucun désaccord ne surviendra plus jamais, mais dans la capacité progressive du groupe à repérer plus tôt ce qui, habituellement, ne se manifeste que trop tard, une fois la crise déjà installée.

Ce travail concerne aussi les familles, les couples, les fratries et les associés

On associe souvent ce type de travail au monde professionnel : gouvernance, organisation interne, gestion des conflits, accompagnement du changement. Il est pourtant tout aussi pertinent, sinon davantage, dans les relations personnelles, familiales et patrimoniales, où les enjeux affectifs rendent souvent les répétitions plus douloureuses encore.
Dans une famille, ce travail peut porter sur une succession, une maison familiale, une transmission patrimoniale, l'organisation autour d'un parent devenu dépendant, la répartition des charges entre frères et sœurs, ou le rôle attribué à chacun dans les décisions sensibles qui engagent tout le groupe familial. Dans un couple, il peut concerner la manière de décider ensemble, la répartition des charges domestiques et mentales, la façon d'aborder les questions financières, la pose de limites claires avec les familles d'origine respectives, ou la capacité progressivement construite à parler des sujets difficiles avant que l'épuisement relationnel ne s'installe durablement. Dans une fratrie, il peut permettre de distinguer clairement les sujets pratiques, comme la gestion d'un bien commun, des blessures anciennes qui leur sont associées, pour éviter que chaque décision concrète ne devienne, presque malgré les protagonistes, le tribunal de toute une histoire familiale accumulée depuis l'enfance.
Entre associés, ce travail peut porter sur la gouvernance de l'entreprise, la répartition effective des rôles, les zones de décision qui restent floues, les règles applicables en cas de blocage futur, ou la place respective accordée à l'argent, au risque assumé par chacun et à la reconnaissance du travail fourni.

push_pinDans une relation appelée à durer, famille, couple, fratrie ou association, la question n'est jamais seulement de régler le différend du moment. Elle est aussi de savoir si ce même différend, sous une autre forme, se reproduira dans un an ou dans cinq ans.

Dans une petite équipe, il peut permettre de rendre enfin discutables des non-dits accumulés depuis longtemps, des irritations récurrentes jamais nommées, ou des responsabilités implicites que personne n'a jamais formellement attribuées. Dans une entreprise familiale, ce travail devient souvent indispensable, les rôles professionnels, affectifs et patrimoniaux s'y entrecroisant de manière particulièrement étroite : chaque décision professionnelle peut alors réactiver une dimension familiale sous-jacente. Dans un voisinage ou un collectif d'habitants, ce travail peut enfin permettre d'éviter que des désaccords initialement liés à un usage, à un bruit ou à une règle commune ne se transforment progressivement en conflits identitaires beaucoup plus difficiles à résoudre.

Ce que cette démarche apporte concrètement

Plusieurs bénéfices distinguent la médiation approfondie du conflit d'une simple médiation ponctuelle. Elle évite d'abord de s'arrêter au seul soulagement immédiat que procure la reprise d'un dialogue : un échange apaisé est précieux, mais il ne signifie pas toujours que la tension est durablement réglée. Elle aide ensuite les personnes concernées à construire leurs propres repères pour la suite, plutôt que de les rendre dépendantes d'une intervention extérieure qu'il faudrait renouveler à chaque nouvelle tension.
Elle permet également de distinguer avec précision un problème de communication d'un problème de cadre. Un manque d'écoute ponctuel ne se résout pas de la même manière qu'une règle de décision inexistante. Une maladresse relationnelle ne se traite pas comme une confusion durable des rôles. Une parole blessante ne s'aborde pas comme une absence de gouvernance. Une tension familiale autour d'un bien ne se limite pas toujours à la question du bien, et un désaccord entre associés ne porte pas toujours seulement sur la décision du jour.

push_pinCette démarche permet enfin de passer progressivement d'une logique uniquement curative, centrée sur l'apaisement d'une crise déjà déclarée, à une logique de prévention de la répétition future. C'est là sa spécificité : elle n'est pas une médiation préventive, parce qu'elle ne commence pas avant le conflit, mais elle en comporte une forte dimension, parce qu'elle travaille, après le conflit, sur les éléments qui pourraient produire de nouvelles tensions. Elle utilise le conflit comme un révélateur.

Un exemple familial : la réunion qui tourne toujours de la même manière

Prenons une famille qui organise, chaque année, une réunion pour évoquer l'entretien d'un bien immobilier hérité des parents. Sur le papier, le sujet est purement pratique : des travaux à financer, un calendrier à établir, des frais à répartir. Pourtant, chaque réunion suit un scénario presque identique. L'un des enfants propose une solution, un autre la conteste immédiatement sans en discuter réellement le fond, un troisième reste silencieux jusqu'à la fin, avant d'exprimer, une fois la réunion terminée, un profond désaccord qu'il n'a jamais formulé pendant l'échange. La décision finit par être prise dans la confusion, généralement reportée, et la même tension resurgit l'année suivante, presque à l'identique.
Une médiation classique, centrée sur le sujet du moment, permettrait sans doute d'aboutir à une décision ponctuelle sur les travaux de l'année en cours. Mais elle ne modifierait pas nécessairement le scénario relationnel qui se rejoue chaque fois : qui propose, qui conteste systématiquement, qui se tait, qui regrette son silence, qui porte la charge, qui évite la discussion, qui se sent toujours oublié ou disqualifié. Une médiation préventive aurait pu, avant toute crise, clarifier les règles de décision autour du bien : calendrier, vote, répartition des frais, modalités d'expression des désaccords, rôle de chacun, procédure en cas de blocage. La médiation approfondie du conflit intervient après coup : elle aide la fratrie à observer le schéma répétitif lui-même, plutôt que le seul contenu de la discussion annuelle, et permet de travailler sur ce que la prévention aurait pu organiser avant, mais en tenant compte du fait que les blessures et les ressentiments sont désormais présents.

Un exemple d'équipe : le désaccord qui change toujours de sujet

Dans une petite entreprise, une équipe connaît des tensions récurrentes entre deux services qui doivent collaborer étroitement. Un mois, le désaccord porte sur un délai non respecté. Le mois suivant, il porte sur une information qui n'a pas circulé à temps. Le mois d'après, il porte sur une décision prise sans concertation préalable. À chaque fois, une médiation ponctuelle permet de résoudre l'incident précis, souvent efficacement, mais un nouvel incident, de nature différente, survient peu après, opposant généralement les mêmes personnes.
Une médiation préventive aurait pu intervenir avant les tensions pour clarifier les circuits d'information, les responsabilités partagées, les délais de validation, les espaces d'arbitrage et les modalités de décision entre services. La médiation approfondie du conflit intervient après l'apparition des tensions : elle permet de s'intéresser non plus seulement à l'incident du mois, mais au fonctionnement qui produit régulièrement ce type d'incident, l'absence d'un circuit de décision clair entre les deux services, une zone de responsabilité partagée jamais formellement définie, ou une différence de rythme de travail jamais explicitement discutée entre les équipes concernées. Traiter cette question de fonctionnement, plutôt que chaque incident isolément, réduit significativement la probabilité que la tension continue de se déplacer d'un sujet à l'autre sans jamais réellement se résoudre.

Comment savoir si cette démarche est nécessaire ?

Certains signes permettent d'orienter cette réflexion avant même d'entamer un travail approfondi. Une tension apparue récemment, autour d'un sujet précis et circonscrit, sans précédent similaire, oriente généralement vers une médiation classique, éventuellement complétée par une préparation adaptée. À l'inverse, des tensions qui reviennent régulièrement sous des formes variées, portant sur des sujets différents mais reproduisant une dynamique identique, constituent un signal fort en faveur d'un travail plus approfondi.
⚠️De la même manière, l'existence d'un précédent dialogue ou d'une précédente médiation, suivie peu après d'une nouvelle tension de nature similaire, mérite d'être prise au sérieux comme indice d'un fonctionnement plus large resté inexploré. Un autre indice précieux concerne la répétition des rôles au sein du groupe.
Lorsque, quel que soit le sujet abordé, les mêmes personnes occupent systématiquement la même fonction relationnelle, celle qui impose, celle qui évite, celle qui répare, celle qui conteste ou celle qui se tait, ce phénomène traduit généralement une organisation implicite du groupe qui dépasse largement le différend ponctuellement traité.
Enfin, la capacité du groupe à faire respecter dans la durée une décision collective une fois prise constitue un indicateur utile. Lorsque des décisions communes sont régulièrement remises en cause peu de temps après avoir été adoptées, cela suggère souvent que le fonctionnement du groupe, plus que la décision elle-même, mérite d'être examiné.

Conclusion : le conflit comme signal, plutôt que comme seul problème

Une médiation ne devrait jamais être pensée uniquement comme une intervention ponctuelle, un échange suivi d'une baisse de tension, d'un accord, puis de la disparition supposée et définitive du problème initial. Dans de nombreuses situations, cette approche suffit parfaitement. Mais dans les conflits répétitifs, systémiques, familiaux, professionnels ou relationnels, le dialogue retrouvé ne constitue souvent que le début du travail nécessaire.

push_pinLa médiation préventive intervient avant la crise pour structurer le système. La médiation classique intervient pendant le conflit pour restaurer le dialogue et traiter le différend. La médiation approfondie du conflit intervient après l'éclatement du conflit, lorsque l'apaisement ne suffit pas, et qu'il faut comprendre ce qui, dans le fonctionnement relationnel, a pu rendre la crise possible.

Elle fait donc, après le conflit déclaré, une partie du travail que la prévention aurait permis de faire avant. Mais elle le fait avec une différence majeure : les personnes ne parlent plus seulement d'un risque abstrait, elles parlent d'un conflit qui les a déjà touchées. C'est pourquoi ce travail demande à la fois de la prudence, de la structure, de l'écoute, une compréhension fine des systèmes relationnels et une capacité à ne pas réduire les personnes au rôle qu'elles ont occupé dans le conflit.
Le conflit n'est donc pas toujours le problème central qu'il paraît être au premier regard. Il constitue parfois, plus profondément, le signal qu'un fonctionnement collectif mérite d'être regardé autrement, avec la participation pleine et entière de toutes les personnes concernées par ce fonctionnement.

Testez-vous : médiation classique, préventive ou approfondie ?

Ce questionnaire ne pose pas un diagnostic. Il aide simplement à éclairer la nature de la situation et le type d'accompagnement le plus adapté. Pour chaque question, une seule réponse doit être choisie. Il suffit d'additionner le nombre de fois où chaque lettre a été choisie.

1. Le conflit est-il déjà déclaré ?
A. Oui, un conflit ouvert existe, sans répétition connue par le passé.
B. Non, aucun conflit n'est présent, mais un risque futur est anticipé.
C. Oui, et une tension similaire est déjà revenue par le passé sous une autre forme.

2. Existe-t-il déjà un sujet sensible précis ?
A. Oui, un sujet concret fait déjà tension (succession, décision, voisinage, gouvernance...).
B. Non, mais un cadre est souhaité avant qu'un problème n'apparaisse.
C. Oui, mais ce sujet n'est probablement pas le premier de ce type.

3. Le même type de tension revient-il régulièrement ?
A. Non, la tension est ponctuelle, isolée et clairement circonscrite.
B. Aucune tension n'existe encore pour l'instant.
C. Oui, sous des formes différentes, mais avec la même dynamique ou les mêmes rôles.

4. Le problème semble-t-il venir d'un désaccord ou d'un fonctionnement ?
A. D'un désaccord précis, qui peut être clarifié directement.
B. D'un fonctionnement à consolider avant qu'un désaccord n'apparaisse.
C. De règles floues ou de places jamais clarifiées, révélées par le désaccord actuel.

5. Les décisions prises tiennent-elles dans la durée ?
A. Oui, les accords sont généralement respectés après discussion.
B. Aucune décision n'est encore en jeu à ce stade.
C. Non, les décisions sont régulièrement remises en cause ou oubliées.

6. Les mêmes personnes occupent-elles toujours les mêmes rôles dans les tensions ?
A. Non, ou la question ne s'est pas encore posée.
B. Non applicable à ce stade.
C. Oui, on retrouve toujours celui qui décide, celle qui répare, celui qui conteste, celle qui se tait.

7. Le dialogue est-il possible aujourd'hui ?
A. Oui, les personnes peuvent déjà discuter de manière suffisamment sécurisée.
B. Oui, la relation est actuellement sereine.
C. Pas encore complètement ; une première étape de restauration du dialogue est nécessaire.

8. Quel est l'objectif recherché ?
A. Sortir d'un différend précis et retrouver un dialogue praticable.
B. Éviter qu'un problème n'apparaisse un jour, en consolidant règles et rôles.
C. Comprendre pourquoi ce type de tension revient, pour éviter qu'elle ne se reproduise.

Vos résultats

Majorité de A : la médiation classique est le cadre le plus adapté. Un différend précis peut être traité directement, sans qu'un travail plus large sur le fonctionnement ne soit nécessaire pour l'instant.

Majorité de B : la médiation préventive est le cadre le plus adapté. Aucun conflit n'est encore présent, mais consolider les règles et les rôles dès maintenant réduit le risque qu'une tension future ne dégénère.

Majorité de C : la médiation approfondie du conflit est le cadre le plus adapté. Le conflit a déjà révélé un fonctionnement à retravailler, au-delà du seul différend actuellement visible.



Karine BIAVA - RESOVCO (2026)
Consultante, coach et médiatrice en résolution de conflits
RESOV'CO Cabinet de Conseils et de Coaching en gestion de conflits – Cabinet de Médiation
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