Pourquoi la psychologie compte dans certains conflits complexes

Publié par Karine Biava
Le 29/07/2025

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Pourquoi la psychologie compte dans certains conflits complexes

Vous savez ce que vous voulez obtenir, vos droits sont clairs, et pourtant chaque échange avec l’autre vous fait perdre pied ou dire l’inverse de ce que vous aviez décidé. Dans certains conflits complexes, vos réactions face à l’autre vous empêchent d’appliquer votre propre décision. Comprendre ce mécanisme aide à choisir le bon cadre (coaching de conflit, médiation ou, parfois, psychothérapie), sans chercher de la psychologie partout ni confondre gestion de conflit et thérapie.

Vous avez tout compris, tout préparé, tout relu. Et face à l’autre, rien ne se passe comme prévu.
Ce n’est pas forcément un manque de méthode ni de volonté : certaines réactions se déclenchent plus vite que la réflexion, précisément quand l’enjeu est le plus fort.

Ajouter une technique de communication ne sert pas à grand-chose si ce qui bloque est la possibilité même de l’utiliser.
Vous verrez pourquoi on peut savoir quoi faire sans y parvenir face à l’autre, quel cadre en tient compte, et à quel moment ce n’est plus le travail d’un professionnel du conflit.

Quand la psychologie compte-t-elle vraiment dans un conflit ?

La psychologie compte dans un conflit lorsque la façon dont une personne le vit l’empêche de comprendre, de proposer, de refuser ou de décider. Le sujet du désaccord est toujours là, mais il n’est plus le seul obstacle.

Lucie est associée dans un cabinet de géomètres-experts. Elle sait exactement ce qu’elle veut demander à son associé : une nouvelle répartition du travail, chiffres à l’appui. Avant chaque réunion, tout est clair. Dès qu’il hausse le ton, elle cède sur l’essentiel, puis passe la soirée à rédiger de longs messages pour revenir sur ce qu’elle a accepté.

Le problème de Lucie n’est ni juridique ni une question d’arguments. Sa décision existe, mais elle devient inaccessible au moment précis où Lucie en a besoin. Un avocat peut lui confirmer ses droits, une méthode de négociation peut lui indiquer quoi dire : ni l’un ni l’autre ne touche à ce qui se passe quand la voix de son associé monte. C’est là qu’une compréhension psychologique devient utile : non pour poser un diagnostic, mais pour comprendre ce qui bloque et organiser l’aide en conséquence.

push_pinLa psychologie compte lorsque le conflit ne touche plus seulement le sujet du désaccord, mais la capacité de décider des personnes.

Faut-il chercher une explication psychologique à tout conflit ?

Il ne faut pas chercher une explication psychologique à tout conflit. Beaucoup de désaccords sont réellement matériels, juridiques ou financiers, et doivent être traités comme tels. Deux héritiers qui contestent la valeur d’une maison ont d’abord besoin d’une estimation fiable ; deux associés en désaccord sur l’interprétation de leurs statuts ont d’abord besoin d’un avocat. Chercher des ressorts cachés dans ces situations fait perdre du temps et peut même blesser, en laissant entendre que le problème serait « dans la tête » de quelqu’un.

Il arrive aussi que d’autres dimensions s’ajoutent au sujet concret : une question de reconnaissance, de confiance, de place dans une famille ou une entreprise. Comprendre comment un désaccord se complique avec le temps aide à distinguer le sujet concret de ce qui s’y ajoute. Ces dimensions se vérifient, elles ne se supposent pas : quelques questions permettent de savoir quand le sujet concret suffit et quand il ne suffit plus.

⚠️Un professionnel du conflit doit savoir vous dire quand votre situation relève d’abord d’un avocat, d’un notaire ou d’un expert. Une lecture psychologique ne remplace ni les faits, ni le droit, ni l’expertise technique.

À quoi voit-on que la manière de vivre le conflit gêne la décision ?

On voit que la manière de vivre le conflit gêne la décision à des écarts répétés entre ce que la personne a décidé et ce qu’elle parvient à faire face à l’autre. Ces écarts sont observables, sans qu’il soit nécessaire d’en connaître l’origine :

  • vous savez ce qu’il faudrait dire, mais vous ne le dites pas au moment voulu ;
  • vous acceptez sous la pression, puis vous revenez sur votre accord ;
  • la même scène se rejoue, quel que soit le sujet discuté ;
  • une phrase précise de l’autre suffit à fermer toute écoute ;
  • votre position varie selon votre état du jour plus que selon les informations nouvelles ;
  • la présence de l’autre vous fige ou vous fait réagir plus fort que vous ne le voudriez.


Aucun de ces signes ne prouve quoi que ce soit à lui seul. Leur répétition indique en revanche que l’obstacle n’est plus seulement dans le dossier. La même grille vaut pour l’autre personne : il est plus utile d’observer ce que ses réactions produisent dans l’échange que de lui prêter des motifs que personne ne peut vérifier.

Pourquoi savoir communiquer ne suffit-il pas toujours ?

Savoir communiquer ne suffit pas toujours, parce qu’une technique s’apprend au calme et doit s’utiliser sous pression. Beaucoup de personnes ont lu des livres ou suivi des formations sur la communication apaisée. Elles constatent pourtant qu’au moment décisif, quelque chose cède : la voix se bloque, la colère déborde ou l’autre prend toute la place.

Chacun a appris des façons de se protéger dans les tensions : éviter pour ne pas déplaire, attaquer pour ne pas paraître vulnérable, se taire pour préserver la paix. Ces réactions sont normales et souvent utiles ailleurs. Dans un conflit à fort enjeu, elles peuvent se déclencher avant la réflexion, ce qui donne cette impression déroutante de savoir sans pouvoir. Ce n’est pas un défaut de caractère, et le travail ne consiste pas à « réparer » une personnalité.

Ce qui aide est plus concret : repérer le moment où l’échange bascule, ce que vous craignez à ce moment-là et l’effet de votre réaction sur l’autre. Ensuite, on change ce qui peut l’être : le moment de la discussion, sa forme (écrit, oral, avec un tiers) ou sa préparation. Les conditions qui rendent un dialogue possible comptent souvent davantage que la qualité des phrases.

push_pinLe problème n’est pas toujours ce que vous savez faire, mais ce que vous arrivez encore à faire quand la tension remonte.

Que fait concrètement un professionnel du conflit avec cette compréhension ?

Un professionnel du conflit se sert de cette compréhension pour repérer où l’échange se grippe et adapter le cadre (rythme, format, temps de préparation), pas pour traiter la personne. Il aide à séparer les faits, les interprétations, les émotions et les décisions à prendre. Il repère les séquences qui se répètent. Il vérifie surtout que chacun peut réellement comprendre, proposer, refuser et demander du temps.

En accompagnement individuel, une personne comme Lucie peut s’appuyer sur le coaching de conflit individuel. Le coaching de conflit est un accompagnement individuel qui aide une personne à retrouver du recul et sa propre décision lorsque le conflit l’a brouillée ; il ne construit pas de stratégie contre l’autre et ne décide pas à sa place. Le professionnel qui vous accompagne individuellement (coaching de conflit, accompagnement stratégique ou préparation à la médiation) ne devient pas ensuite le médiateur de ce même conflit, et inversement : la médiation est alors conduite par un autre médiateur.

En médiation, le médiateur conduit le processus de façon impartiale : il ne décide pas et ne conseille aucune des parties. Il peut informer, inviter à faire vérifier un point par un avocat et aider chacun à formuler ses propositions. Sa compréhension du fonctionnement humain l’aide à voir qu’une personne présente et polie n’est pas forcément libre de dire non. La médiation enrichie ajoute davantage de temps individuel autour des réunions communes lorsque la participation a besoin d’être préparée ou soutenue ; ce n’est ni une psychothérapie ni un coaching (ce que permet la médiation enrichie). Pour choisir un médiateur, le critère n’est pas le courant de médiation dont il se réclame mais sa capacité à protéger la liberté de décision de chacun ; le guide pour choisir le professionnel adapté détaille ces repères.

Pourquoi éviter de poser des étiquettes sur l’autre ?

Il vaut mieux éviter de poser des étiquettes sur l’autre parce qu’une étiquette remplace l’observation par une conclusion, et qu’elle ne dit rien de ce qu’il faut faire. « Manipulateur », « narcissique », « personnalité toxique » : ces mots circulent beaucoup dans les conflits. Ils soulagent sur le moment, parce qu’ils donnent une explication. Mais un professionnel du conflit n’est pas en position de poser un diagnostic, a fortiori sur une personne qu’il n’a jamais rencontrée.

Une étiquette fige aussi la situation. Si l’autre « est comme ça », il n’y a plus rien à essayer ni à vérifier. Décrire les comportements et leurs effets ouvre au contraire des options concrètes.

Jean-Pierre, président du conseil syndical, fait face à un copropriétaire qui conteste toutes les décisions et menace régulièrement d’agir en justice. Plutôt que de chercher quel « profil » se cache derrière, le conseil a listé les comportements, leurs conséquences et ce qui dépendait du conseil lui-même : décisions mieux formalisées, avis juridique sur les points contestés, échanges uniquement écrits. La question d’une médiation a été examinée ensuite, à partir de faits et non d’un portrait.

Que faire lorsque le déséquilibre de pouvoir domine ?

Lorsque le déséquilibre de pouvoir domine, la compréhension psychologique aide à le repérer, mais la réponse passe d’abord par la sécurité, la protection et le droit. Intimidation, menaces, contrôle de l’information, peur des représailles, emprise : dans ces situations, la question centrale est de savoir si chacun peut encore dire non sans risque.

Si ce n’est pas le cas, une médiation n’est pas adaptée en l’état. Dans les litiges relatifs à l’exercice de l’autorité parentale, lorsque des violences sont alléguées par un parent sur l’autre ou sur l’enfant, ou en cas d’emprise manifeste, l’article 373-2-10 du Code civil écarte la médiation proposée par le juge et l’injonction de rencontrer un médiateur. Plus largement, la protection passe d’abord et, si la sécurité ou la liberté de participer ne sont pas réunies, le médiateur doit refuser, suspendre ou interrompre le processus. Les conflits menés à armes inégales demandent de vérifier d’abord que chacun peut encore décider librement, avant de choisir entre protection, accompagnement individuel ou médiation.

⚠️En cas de violence, de menace ou d’emprise, la protection, la sécurité et le droit passent d’abord : aucun format de dialogue, même sans face-à-face, ne doit rendre la situation négociable. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112. Pour les violences conjugales, le 3919 est gratuit et anonyme.

Où s’arrête le travail sur le conflit et où commence la psychothérapie ?

Le travail sur le conflit s’arrête, et la psychothérapie commence, là où la difficulté dépasse ce conflit-là. Trois registres doivent rester distincts. La compréhension psychologique utile au professionnel du conflit (coach ou médiateur) sert à lire ce qui gêne la décision dans une situation précise. La psychothérapie travaille ce qui se répète en vous au-delà de ce différend : une souffrance ancienne, des relations qui finissent régulièrement mal, une difficulté qui touche plusieurs domaines de votre vie. La dimension juridique ou matérielle relève de l’avocat, du notaire ou de l’expert.

RESOV’CO ne propose pas de psychothérapie. Lorsque la souffrance est ancienne, touche plusieurs domaines de votre vie ou dépasse ce conflit, une psychothérapie est le cadre adapté. Le cabinet tient compte de la dimension émotionnelle et relationnelle du conflit, sans en faire l’objet du travail. Si vous constatez que vos relations finissent souvent de la même façon, c’est un signe à prendre au sérieux, qui peut justifier une psychothérapie. Et lorsque le conflit retentit sur la santé (sommeil, épuisement, découragement qui s’installe), un médecin doit être consulté.

push_pinComprendre ce qui se joue en vous dans ce conflit n’est pas faire une thérapie. C’est pouvoir de nouveau appliquer votre décision là où le conflit l’a brouillée.


Repère juridique : informations vérifiées en octobre 2026. Les textes pouvant évoluer, leur version en vigueur doit être vérifiée avant toute décision.

Vos questions fréquentes

Un médiateur formé en psychologie est-il forcément meilleur ?

Pas forcément. Cette formation peut aider à repérer ce qui gêne la participation, mais elle oriente aussi le regard vers certains mécanismes au risque d’en négliger d’autres. Ce qui compte est sa capacité à rester impartial, à tenir le cadre et à reconnaître quand un problème relève du droit.

Faudra-t-il parler de votre enfance ou de votre histoire personnelle ?

Parler de votre enfance n’est pas l’objet. Le travail porte sur le conflit actuel et sur ce qui gêne votre décision aujourd’hui. Un élément d’histoire n’est abordé que s’il éclaire directement la situation présente, et seulement si vous le choisissez. Un travail approfondi sur votre histoire relève d’une psychothérapie.

L’autre refuse d’admettre que le conflit le touche : est-ce bloquant ?

Pas nécessairement. Personne n’a à reconnaître une dimension émotionnelle pour qu’un travail avance. Vous pouvez agir sur ce qui dépend de vous, et dans un processus commun le médiateur s’intéresse à ce que chacun peut décider, pas à ce que chacun accepte de dire de lui-même.

Peut-on suivre une psychothérapie et un coaching de conflit en même temps ?

Oui, s’il s’agit de deux cadres distincts, menés par deux professionnels différents, avec deux objets différents. La psychothérapie travaille votre histoire et ce qui se répète ; le coaching porte sur votre décision dans ce conflit. Il est utile d’en informer chacun pour éviter les doublons.

Les tests de personnalité ou de communication peuvent-ils aider ?

Ils peuvent offrir un vocabulaire pour parler de ses réactions. Ils ne prédisent pas un conflit et ne disent pas ce qu’il faut décider. Le risque est de lire l’autre à travers un type plutôt que d’observer ce qui se passe réellement entre vous.

Karine BIAVA - RESOVCO (2026)
Consultante, coach et médiatrice en résolution de conflits
RESOV'CO Cabinet de Conseils et de Coaching en gestion de conflits – Cabinet de Médiation
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