"Nous avons tout essayé. Les échanges d'emails, les réunions, même les avocats. Mais rien ne bouge. Pire, la situation s'envenime." Cette phrase, je l'entends régulièrement. Et elle révèle une réalité que beaucoup découvrent trop tard : certains conflits dépassent le cadre juridique. Peu importe la qualité de votre dossier ou l'expertise de votre conseil, vous vous retrouvez dans une impasse totale.
C'est précisément à ce moment que vous quittez le territoire du contentieux pour entrer dans celui du conflit. Et c'est là que tout change.
La croyance qui vous coûte cher : l'avocat comme solution universelle
Vous vous dites peut-être que l'avocat est toujours la personne la mieux placée pour résoudre tout contentieux entre deux personnes. C'est une croyance rassurante, largement partagée.
Pourtant, elle masque une réalité cruciale.
⚠️Pour choisir la bonne voie, il est crucial de déconstruire cette idée reçue tenace : non, l'avocat n'est pas la seule personne la mieux placée pour résoudre un conflit.
Bien sûr, l'avocat est le stratège du contentieux, indispensable pour sécuriser vos droits. Mais attention : seuls les éléments qui entrent dans le cadre légal, donc qualifiables en droit, sont recevables au tribunal. Tous les autres restent à la porte de la salle d'audience.
Précision importante : La tentative de résolution amiable et l’amiable entre avocats (procédure participative, voire négociation encadrée par avocats) s’inscrivent toujours dans une logique judiciaire, même avant la saisine du juge : on négocie à l’ombre du droit, des risques juridiques et du procès possible.
La médiation, en revanche, constitue une véritable alternative au judiciaire, parce qu’elle change le cadre (tiers neutre et confidentiel), la logique (non adversariale) et la manière de décider : on ne négocie pas le procès, on construit une sortie de conflit autrement.
L'écosystème complet des intervenants
Aux côtés de l'avocat, d'autres experts techniques interviennent selon la nature du dossier :
- Le notaire pour les actes
- L'expert-comptable pour les chiffres
- Le médecin expert
- Le psychologue
- L'ingénieur
- L'expert en art
- Tout autre spécialiste métier
Ils apportent une expertise cruciale. Ils fournissent des éléments factuels indispensables (preuves, valorisations, diagnostics, constats) qui peuvent nourrir un dossier contentieux.
Mais attention : tous ces éléments factuels ont aussi une utilité majeure en dehors du tribunal (pour la partie dans le cadre légal ET pour la partie du cadre extra-légal) pour construire un accord amiable... à une condition précise.
Deux champs toujours présents dans un conflit : légal et extra-légal
Tout conflit, sans exception, comporte au moins deux dimensions distinctes mais imbriquées.
Le champ légal : ce que la loi encadre strictement
Le champ légal regroupe tout ce qui est défini par la loi, la jurisprudence ou les contrats :
♥ Droits et obligations : héritage, pension alimentaire, propriété, contrat de travail
♥ Règles d'ordre public : protection des enfants, non-discrimination, dignité, intégrité
♥ Responsabilité : civile, pénale ou administrative
♥ Sanctions et réparations juridiques
♥ Procédures et compétences du juge
Dans ce champ, la loi fixe des limites infranchissables. Il est impossible, même avec l'accord de toutes les parties :
♠ De priver un enfant ou un héritier réservataire de ses droits
♠ De couvrir un acte illicite (fraude, corruption, discrimination)
♠ De négocier une situation relevant du pénal ou d'une violence avérée
Dans ces cas, le procès est incontournable, car seul le juge peut trancher, protéger, sanctionner et faire respecter l'ordre public.
Le champ extra-légal : ce que la loi ne peut ni trancher ni réparer
Le champ extra-légal regroupe tout ce qui relève de l'expérience humaine et relationnelle :
♣ La reconnaissance ou le sentiment d'injustice
♣ La colère, la peur, la tristesse, la déception
♣ La qualité du dialogue
♣ La confiance, la loyauté, le respect
♣ La place de chacun dans la relation
♣ Les enjeux identitaires, symboliques ou existentiels
♣ L'organisation concrète du quotidien non prévue par la loi
Sur ces aspects, le droit est impuissant.
Un juge ne peut pas ordonner des excuses sincères, restaurer la confiance, réparer une blessure psychique ou réorganiser finement une relation humaine.
C'est précisément sur ce champ que la médiation devient essentielle, car elle est la seule démarche capable de travailler ces dimensions invisibles mais déterminantes du conflit.
Quand les émotions brouillent la réflexion
Lorsqu'un différend survient, les parties sont souvent submergées par leurs émotions : la peur, la colère, la frustration, la déception, la tristesse.
Ces réactions émotionnelles intenses les empêchent de réfléchir sereinement et de dialoguer sur les véritables enjeux de leur relation. Dans ces moments-là, les échanges deviennent passionnels et tournent rapidement à l'impasse.
Le droit, aussi précis soit-il, ne peut pas régler ce qui se joue dans la sphère émotionnelle.
Il peut trancher qui a raison selon la loi, mais il ne peut pas restaurer la capacité des personnes à se parler, à s'écouter, à comprendre les besoins de l'autre.
Le rôle décisif du médiateur
Le médiateur accompagne les personnes dans leur réflexion. Il les aide à accéder à un état émotionnel plus apaisé, condition indispensable pour leur permettre de clarifier leurs attentes et aborder les enjeux réels du conflit.
La médiation crée les conditions pour qu'une négociation redevienne possible :
- L'apaisement émotionnel : faire baisser la pression pour réactiver le rationnel
- La reconnaissance mutuelle : entendre la souffrance de l'autre avant d'entendre ses arguments
- Le temps de maturation : respecter le rythme nécessaire à l'appropriation de la solution
Ces enjeux diffèrent selon les contextes : qu'il s'agisse de la garde des enfants dans un couple qui se sépare ou de la répartition des tâches dans une équipe, la médiation aide dans tous les cas les personnes à sortir du conflit en étant plus sereines. Elle leur permet de réfléchir de façon factuelle à leur situation.
Procès et médiation : deux philosophies radicalement différentes
⚠️La justice n'est pas le procès. La justice est un cadre institutionnel large, au sein duquel coexistent plusieurs voies de résolution des différends : le procès, la médiation, la conciliation, parfois l'arbitrage.
Ce qui s'oppose réellement, ce ne sont donc pas la justice et la médiation, mais le procès et la médiation : deux chemins très différents proposés par la justice pour traiter un conflit.
Le procès : une logique verticale et décisionnelle
Aller au procès, c'est :
♥ Solliciter une autorité extérieure
♥ Accepter qu'un juge tranche selon son interprétation de la loi
♥ Recevoir une décision imposée, exécutoire, parfois contre la volonté des parties
Au procès, le juge décide pour vous. Il impose une solution basée sur son interprétation de la loi appliquée aux faits. Il tranche une vérité judiciaire.
Vous assistez à votre propre affaire en silence, tandis qu'un juge que vous ne connaissez pas décide pour vous. Une fois le jugement rendu, c'est fini. Mais souvent, la blessure reste.
Le procès est indispensable lorsqu'il faut protéger une personne vulnérable, sanctionner une faute, faire respecter une règle d'ordre public, ou obtenir une décision exécutoire en urgence.
L'aléa judiciaire : la réalité qu'on ne vous dit jamais
Même avec un dossier solide, même avec les meilleurs avocats, vous ne pouvez jamais être certain du résultat.
Pourquoi ? Parce que le juge doit interpréter la loi. Et cette interprétation n'est jamais mécanique.
Deux juges différents peuvent lire le même article du Code civil et aboutir à des conclusions opposées. Votre affaire aurait pu être jugée différemment avec un autre magistrat, un autre jour, dans un autre tribunal.
Le prix de l'incertitude :
♠ 2 à 3 ans de procédure en moyenne (parfois beaucoup plus en cas d'appel)
♠ Des dizaines de milliers d'euros de frais d'avocat et de justice
♠ Un stress constant, une énergie vampirisée
♠ Une relation définitivement brisée
♠ Et au bout du compte ? Une décision qui ne satisfait personne pleinement
⚠️Êtes-vous prêt à accepter cette réalité ? À vivre avec l'idée que vous pourriez perdre un cas que vous pensiez gagner ? À confier votre avenir à l'interprétation subjective d'un tiers ?
La médiation : une logique horizontale et responsabilisante
La médiation repose sur une approche radicalement différente.
Aller en médiation, c'est :
♣ Rester acteur de la solution
♣ Dialoguer directement avec l'autre partie
♣ Construire un accord sur mesure, dans le respect de la loi
♣ Traiter à la fois le juridique et l'humain
Le médiateur ne tranche pas. Il ne conseille pas juridiquement. Il facilite un processus structuré qui permet aux parties de retrouver une capacité de réflexion quand les émotions débordent, clarifier leurs besoins réels, distinguer positions et enjeux profonds, inventer des solutions que le juge ne pourrait jamais prononcer.
En médiation, VOUS décidez. Les parties construisent leur solution en fonction de leur propre lecture de la situation et de leurs intérêts, à l'intérieur de l'espace de liberté laissé par la loi.
Vous êtes au cœur du processus. Vous parlez, vous écoutez, vous décidez ensemble. Pas d'aléa. Pas de surprise. Pas de hasard.
Cette marge de manœuvre est souvent vérifiée par les conseils juridiques (avocats) pour s'assurer qu'elle est valide, car la médiation ne permet jamais d'aller contre les lois impératives. Mais tant que l'ordre public est respecté, les parties ont une immense liberté pour construire des solutions sur-mesure que le juge, tenu par des codes stricts, ne pourrait pas prononcer lui-même.
La médiation redonne la parole aux parties directement
L'un des principaux atouts du processus de médiation est qu'il redonne la parole aux parties directement. Or, c'est justement cette communication directe entre les parties qui fait très souvent défaut dans les méthodes usuellement employées par les avocats dans leurs négociations.
Les techniques habituelles de négociation entre avocats sont différentes de la médiation. Le médiateur fonde la résolution de conflit sur un processus structuré qui comprend des entretiens individuels et une réunion de médiation.
En médiation, les personnes sont parties prenantes d'un processus qui leur permet de faire émerger leurs véritables désaccords et leurs véritables attentes. À l'issue de ce processus, elles définissent elles-mêmes et librement leur accord. La solution venant des parties elles-mêmes, elle génère un degré d'adhésion fort. Leur accord est pérenne.
Qui traite quels enjeux : comprendre l'écosystème complet
Pour choisir la bonne voie, il est capital de comprendre qui traite quels enjeux dans cette dynamique, car tous les intervenants n'agissent pas au même niveau.
L'avocat : enjeux juridiques, stratégiques et de protection
L'avocat est le bon interlocuteur pour tous les enjeux qui relèvent du champ légal et de la stratégie contentieuse :
Enjeux juridiques et de droits
Statut (propriété, filiation, état civil, contrat), droits et obligations, responsabilité civile/pénale, validité d'un acte, respect d'un contrat, application d'une convention collective, etc.
Il analyse les textes, la jurisprudence, les preuves et dit : « Juridiquement, voilà vos droits, vos risques, vos chances. »
Enjeux de protection et de sécurité juridique
Mise en place de mesures de protection (ordonnance de protection, référé, saisies, mesures conservatoires), rédaction et sécurisation d'accords, homologation, stratégie de négociation.
Il protège son client, sécurise les décisions, évite les pièges et les nullités.
Enjeux de rapport de force procédural
Quand il faut préparer un procès, construire un dossier, anticiper l'aléa judiciaire, gérer délais, appel, voies de recours.
Il est le "pilote" du contentieux : il défend, argumente, plaide.
En résumé : L'avocat est le seul à traiter pleinement les enjeux juridiques (droits, obligations), tout en intervenant sur les enjeux matériels et financiers par la négociation.
La charge émotionnelle : la limite invisible de l'intervention juridique
Face à une forte charge émotionnelle, l'avocat se trouve confronté à une difficulté majeure qui révèle les limites de son intervention.
Le problème structurel pour l'avocat :
♥ Gérer les émotions du client prend des heures
♥ Ce temps est difficilement facturable
♥ Cela éloigne du cœur de métier : l'analyse juridique et la préparation procédurale
♥ L'avocat n'est pas formé pour traiter la dimension psychologique et émotionnelle
Un exemple concret :
Dans un cas d'associés en séparation, l'un d'eux se sentait extrêmement trahi, blessé, avait peur et envie de vengeance. Des heures et des heures ont été passées à simplement essayer de baisser le niveau d'émotion pour pouvoir négocier. Le dossier a finalement abouti au tribunal, mais tout ce temps consacré à gérer les émotions a empêché l'avocat de se concentrer sur son analyse juridique. À la fin, l'avocat demandait juste : "Dites-moi, est-ce que à telle date il s'est passé ça ? C'est juste ce dont j'ai besoin."
La solution : renvoyer en médiation pour la partie émotionnelle
Lorsque la charge émotionnelle est trop importante, la médiation offre une solution structurelle :
♠ Le médiateur gère les émotions : c'est son métier et son expertise
♠ L'avocat se concentre sur l'analyse juridique : son véritable cœur de métier
♠ Le client bénéficie d'un accompagnement complet et cohérent
♠ L'avocat maintient sa crédibilité vis-à-vis de ses clients en proposant des solutions adaptées
Ce n'est pas renoncer à défendre son client, c'est reconnaître que dans ces situations où la charge émotionnelle est prépondérante, le travail du médiateur devient indispensable pour permettre ensuite au travail juridique de se faire efficacement.
La négociation : un outil, pas une panacée
Sortons du monde du contentieux et rentrons maintenant dans le monde de l'amiable.
La négociation concerne spécifiquement les enjeux de répartition matérielle, financière, contractuelle et d'intérêts : qui obtient quoi, qui paie quoi, dans quelles conditions.
Enjeux matériels et financiers
♥ Montant d'une indemnité, d'un dédommagement, d'une prestation compensatoire
♥ Prix de vente d'un bien, répartition d'un patrimoine
♥ Montant d'une pension alimentaire (dans la marge laissée par la loi)
♥ Partage de biens matériels (meubles, objets, terrains, parts sociales)
Enjeux de répartition de droits ou de charges
♠ Qui garde quoi ? Qui paie quoi ?
♠ Répartition des dettes, des charges de copropriété, des frais partagés
♠ Attribution de droits d'usage, de jouissance, d'exploitation
Enjeux d'intérêts et de positions
♣ Obtenir le maximum pour soi, céder le minimum
♣ Trouver un compromis acceptable entre deux positions divergentes
♣ Identifier des zones d'accord, des marges de manœuvre, des contreparties possibles
C'est le terrain naturel de l'avocat "négociateur" (dans le cadre de pourparlers pour aboutir à une transaction) et du médiateur facilitateur (c'est la grande majorité des médiations qui aide les parties à négocier entre elles).
Mais attention : la limite de la négociation seule
Le négociateur (ou avocat négociateur) se concentre essentiellement sur les enjeux matériels, financiers et certains enjeux pratiques, mais n'a pas vocation à traiter le fond relationnel.
⚠️Pour que ces éléments techniques soient utiles et que la négociation aboutisse, une négociation réussie repose souvent sur un travail préalable ou simultané sur les dimensions relationnelles et émotionnelles.
C'est pourquoi, dans les conflits complexes, la négociation sans médiation peut échouer : lorsque les gens ne se parlent plus, ne se font plus confiance ou sont bloqués par l'émotion, l'écoute est brouillée psychologiquement.
La personne n'est plus en état de choisir "en son âme et conscience" et risque de laisser l'expert prendre le lead par défaut.
Le médiateur facilitateur : enjeux organisationnels et pratiques
Le médiateur facilitateur se concentre surtout sur l'accord concret et la résolution pratique du conflit.
Enjeux principaux :
♥ Organisationnels : comment on s'organise, qui fait quoi, quand, comment on se coordonne
♥ Pratiques : modalités de garde, horaires, règles de coopération, ajustement des tâches, articulation travail/famille, règles de fonctionnement entre associés, modalités de mise en œuvre d'un jugement
♥ Communication fonctionnelle : comment on se parle, par quels canaux, quelles limites, quels engagements concrets
Son objectif : « On n'arrive plus à fonctionner, comment peut-on remettre en place un cadre de fonctionnement viable pour tout le monde ? »
Le médiateur facilitateur est très efficace sur les enjeux organisationnels et pratiques (le "comment on fait"), et aide sur le matériel, mais sa méthode de "négociation raisonnée" montre ses limites quand l'émotionnel est trop fort.
Le médiateur transformatif : enjeux relationnels, psychologiques et émotionnels
Le médiateur transformatif devient alors indispensable pour traiter les enjeux que la facilitation ne suffit pas à débloquer.
Enjeux principaux :
♠ Psychologiques / émotionnels : sentiment d'injustice, ressentiment, colère, douleur, humiliation, besoin de reconnaissance, besoin d'être entendu
♠ Relationnels : dynamique d'attaque/défense, escalade, mépris, retrait, rupture du lien
♠ Empowerment et reconnaissance : retrouver un sentiment de pouvoir d'agir, sortir de la position de victime ou d'agresseur, reconnaître l'humanité de l'autre sans nier ses propres limites
Le juge peut parfois mettre un chiffre sur un dommage moral, une souffrance indemnisable (rare, encadré).
Mais le sentiment d'injustice, la réparation psychique, l'apaisement, le pardon, la confiance retrouvée, la reconnaissance des souffrances, l'expression émotionnelle... aucun jugement ne peut l'accorder ; c'est le terrain naturel du médiateur transformatif.
Son objectif : « Comment chaque personne peut retrouver de la clarté, de la dignité et une façon différente d'être en relation, même si l'accord est minimal ou partiel ? »
Le médiateur humaniste : enjeux identitaires, existentiels et symboliques
Le médiateur humaniste est le seul à aller toucher les enjeux que personne d'autre ne peut atteindre.
Enjeux principaux :
♣ Identitaires / existentiels : reconnaissance, place dans la famille, sentiment de dignité, besoin d'exister, affirmation de soi, fierté, autonomie, estime, recherche de sens
♣ Symboliques et de valeurs : loyautés familiales, histoire commune, blessures transgénérationnelles, fidélité à des principes, mémoire d'un événement, place symbolique dans le système
♣ Sens du conflit : À quoi ce conflit renvoie-t-il dans ma trajectoire ? Quelle place j'accepte (ou refuse) de continuer à occuper ?
Exemple concret :
L'atteinte à la réputation, la diffamation, le droit à l'image : le juge peut condamner, réparer financièrement.
Mais la reconstruction de l'image de soi, de la dignité, du sentiment d'exister et d'être reconnu : seul un espace de parole profond peut y contribuer.
Son objectif : « Comment ce conflit peut devenir un moment de vérité sur qui je suis, ce que je veux continuer à incarner, et comment je veux être en lien avec les autres ? »
Le médiateur humaniste ne cherche pas seulement un accord : il cherche à ce que chaque personne se sente rejointe dans sa dignité et retrouve un sens à ce qu'elle vit, permettant une résolution en profondeur.
En somme : une complémentarité indispensable
Les experts techniques et les avocats apportent la matière factuelle et la sécurité juridique pour la négociation, mais c'est le médiateur (dans sa dimension intégrative : transformatif et humaniste) qui lève les blocages humains pour que cette négociation puisse, enfin, avoir lieu.
Une façon simple de le comprendre :
♥ L'avocat protège vos droits
♥ Le médiateur facilitateur répare vos fonctionnements
♥ Le médiateur transformatif transforme vos interactions
♥ Le médiateur humaniste prend soin de ce que ce conflit touche en vous, au plus profond
Tous les médiateurs ne se valent pas : la question des compétences
Maintenant que vous comprenez les différents types de médiation, une question cruciale se pose : comment choisir le bon médiateur ?
Le piège de la profession d'origine
"Je prends un avocat-médiateur pour un conflit juridique" ou "un psychologue-médiateur pour un conflit émotionnel". Ce raisonnement est incomplet.
Ce qui compte n'est pas la profession d'origine, mais la qualité du changement de posture effectué et la profondeur de la formation à la médiation.
Le changement radical de posture
L'avocat ou l'expert a été formé à conseiller, à être partial, à défendre une seule partie. En médiation, il doit abandonner totalement cette posture : ne plus donner de conseils, ne plus analyser juridiquement, rester impartial sans prendre parti. Comment a-t-il été formé aux émotions alors que son métier les considérait comme secondaires ? Comment a-t-il travaillé ses biais cognitifs qui influencent sa perception ?
Le psychologue doit lui aussi opérer une transformation majeure : passer de l'approche individuelle thérapeutique à une vision systémique relationnelle, éviter de "psychologiser" le conflit, et apprendre à accompagner DEUX personnes simultanément plutôt que créer une alliance avec une seule.
L'expérience professionnelle préalable reste indispensable : un médiateur doit avoir lui-même éprouvé les difficultés du terrain pour comprendre véritablement les enjeux qu'il accompagne.
Des compétences différentes selon l'approche
Les compétences requises varient considérablement :
♠ Médiation facilitatrice : techniques de communication, gestion du processus, animation de négociation. Formation possible en quelques semaines.
♠ Médiation transformative : compréhension fine des dynamiques émotionnelles, capacité à accueillir des émotions intenses, travail personnel sur ses propres réactivités, supervision régulière obligatoire. Formation sur plusieurs mois minimum.
♠ Médiation humaniste : formation approfondie à la psychologie des profondeurs, compréhension des enjeux identitaires et existentiels, maturité personnelle significative, travail thérapeutique personnel, approches transgénérationnelles. Formation sur plusieurs années.
⚠️Un médiateur compétent a fait un travail profond sur lui-même, est supervisé régulièrement, et sait reconnaître ses limites. La profession d'origine importe moins que la transformation personnelle accomplie pour devenir médiateur.
Les signaux d'alerte : quand vous avez dépassé le stade du contentieux
Comment savoir si vous êtes face à un simple contentieux juridique ou à un véritable conflit qui nécessite une approche différente ?
Voici les signaux qui ne trompent pas :
- Vous tournez en rond : Les mêmes arguments reviennent, les mêmes incompréhensions, les mêmes blocages. Vous avez l'impression de parler à un mur.
- La relation se dégrade : Au-delà du désaccord initial, c'est toute la relation qui s'abîme. Les échanges deviennent tendus, voire impossibles.
- Les émotions dominent : Colère, frustration, sentiment d'injustice, peur... Ces émotions sont si fortes qu'elles empêchent toute discussion constructive.
- Vous ne vous comprenez plus : Même quand vous vous expliquez, l'autre ne semble pas entendre. Et inversement.
- Le problème s'étend : Ce qui était au départ un désaccord précis contamine maintenant d'autres aspects de votre relation ou de votre organisation.
- Vous êtes épuisé : Le conflit consomme votre énergie, perturbe votre sommeil, envahit vos pensées.
⚠️Si vous reconnaissez deux de ces signaux ou plus, vous n'êtes pas face à un simple contentieux juridique. Vous êtes dans un conflit qui nécessite une intervention sur la dimension humaine et relationnelle. C'est exactement là que la médiation prend tout son sens.
Le rôle clé de l'avocat : passeur vers la médiation
Contrairement à une idée reçue, la médiation ne marginalise pas l'avocat. Elle renforce son rôle de conseil.
Lorsqu'un avocat perçoit que :
♥ Les émotions bloquent la réflexion
♥ La procédure nourrit le conflit
♥ La relation est au cœur de l'enjeu
Orienter vers une médiation, c'est exercer pleinement sa mission.
Lorsqu'un avocat perçoit que les émotions sont aux commandes chez son client, que les discussions s'enlisent ou se tendent, il peut jouer un rôle déterminant. Conseiller une médiation à ce moment-là, c'est jouer pleinement son rôle de conseil.
Ce n'est pas renoncer à défendre son client : c'est lui permettre de retrouver sa capacité d'analyse et de réflexion pour progresser dans la discussion et décider par lui-même de l'issue du conflit.
L'avocat reste alors un acteur central pour :
♠ Le garant de la sécurité juridique
♠ Le filtre de légalité
♠ Celui qui vérifie, rédige et sécurise l'accord
La médiation n'intervient pas à la place du droit, mais là où la logique émotionnelle empêche le droit de fonctionner correctement.
Le diagnostic : la clé d'une orientation réussie
Avant de choisir entre médiation et tribunal, un diagnostic rigoureux est indispensable.
Cette approche diagnostique vise à éviter deux écueils majeurs et coûteux :
Premier écueil : Orienter vers la médiation des situations non médiables, créant des expériences négatives qui discréditent le processus et peuvent même aggraver le conflit.
Second écueil : Recourir systématiquement au procès alors que celui-ci génère souvent une insatisfaction générale malgré des coûts énormes en temps, argent et énergie. Le procès ne règle que le passé et cristallise les relations, tandis que la médiation construit l'avenir relationnel.
Un point d'attention critique : le niveau 4 de l'escalade
Il existe un moment particulièrement délicat dans l'évolution d'un conflit : le niveau 4 de l'échelle d'escalade, celui où consulter un avocat devient naturel.
⚠️ Le risque d'aggravation involontaire : L'envoi d'un courrier juridique peut alors cristalliser les positions et aggraver involontairement le conflit au lieu de le résoudre. Pour un non-juriste, ce courrier peut être perçu comme une attaque frontale totalement dénuée de fondement, rendant ensuite beaucoup plus difficile tout retour au dialogue.
D'où l'importance pour les professionnels d'être formés à cette analyse fine, permettant de proposer à chaque client la solution réellement adaptée à sa situation – médiation ou procès – dans une logique de complémentarité plutôt que d'opposition.
Les trois indicateurs principaux essentiels
Pour orienter efficacement, trois critères principaux doivent être évalués en priorité. Ce sont les indicateurs vraiment essentiels qui permettent de donner une orientation précise entre médiation et procès.
INDICATEUR 1 : LE SÉRIEUX DE LA DÉMARCHE
Question centrale : Les parties ont-elles l'envie, l'intérêt ET la capacité de discuter ?
Points clés :
♥ La médiation est volontaire pour TOUTES les parties : on ne peut forcer personne
♥ Une position opposée, même diamétralement opposée, n'implique pas nécessairement la mauvaise foi (elle est moins fréquente qu'on ne le pense)
♥ Il faut évaluer la capacité juridique ET morale de s'engager : peuvent-elles signer un accord et se sentir liées par lui ?
Sans ce sérieux de la démarche, la médiation est vouée à l'échec, quels que soient les autres indicateurs.
INDICATEUR 2 : LE DEGRÉ D'ESCALADE DU CONFLIT (Échelle de Glazl - 9 niveaux)
L'échelle de Glazl permet d'évaluer précisément où en est le conflit dans sa dynamique d'escalade. Cette évaluation est déterminante pour savoir si la médiation est appropriée.
♦ NIVEAUX 1-3 : ZONE "GAGNANT-GAGNANT" → Médiation fortement recommandée
Niveau 1 : Tensions
♥ Premières tensions entre les personnes
♥ Communication encore possible
♥ Moment idéal pour une intervention précoce
Niveau 2 : Débat et polémique
♥ Les positions commencent à se cristalliser
♥ Arguments contradictoires
♥ Médiation encore très appropriée
Niveau 3 : Passage à l'action
♥ Les parties passent des paroles aux actes
♥ Degré de conflit devient sérieux
♥ Dernier niveau du palier gagnant-gagnant
♥ Médiation nécessaire mais nécessite intervention structurée
♦ NIVEAUX 4-6 : ZONE "GAGNANT-PERDANT" → Médiation possible avec désescalade
Niveau 4 : Préjugés et coalition
♠ Formation d'alliances, recherche d'alliés
♠ Moment typique de consultation d'un avocat
♠ Les positions commencent à se serrer
⚠️ ATTENTION PARTICULIÈRE AU NIVEAU 4 :
Prendre un avocat = réflexe naturel de coalition
RISQUE MAJEUR : L'envoi d'un courrier juridique peut cristalliser les positions et aggraver le conflit
Pour un non-juriste, ce courrier peut être perçu comme une attaque frontale
Une intervention maladroite peut faire basculer vers des niveaux supérieurs
Niveau 5 : Attaque et isolement
♠ Attaques plus directes, tentatives d'isoler l'adversaire
♠ Communication de plus en plus menaçante
♠ Médiation possible mais nécessite travail important sur la relation
Niveau 6 : Menace et riposte
♠ Échanges de menaces explicites
♠ Logique de représailles
♠ Positions très serrées, peu de marge
♠ Zone grise : médiation à la limite, nécessite désescalade par un tiers formé
♠ Objectif : retourner vers les étapes 1-2-3
♦ NIVEAUX 7-9 : ZONE "PERDANT-PERDANT" → Médiation NON appropriée
Niveau 7 : Frappes contrôlées
♥ Actions destructrices ciblées
♥ Volonté de nuire
♥ Plus proche de la violence que de la communication
Niveau 8 : Destruction de l'autre
♥ Objectif d'anéantissement
♥ Violence manifeste ou latente
♥ Aucune considération pour l'autre
Niveau 9 : Destruction mutuelle
♥ Acceptation de sa propre destruction pour détruire l'autre
♥ Logique autodestructrice
♥ Violence extrême
♥ Totalement incompatible avec le dialogue constructif
SEUIL CRITIQUE : À partir du niveau 7, la médiation est contre-indiquée. Ces niveaux sont plus proches de la violence que de la communication. La discussion directe entre les parties n'est plus possible. Seul le procès avec intervention d'autorité peut encore fonctionner.
Réalité du procès aux niveaux 4-6 :
Même si le modèle du procès est théoriquement "gagnant-perdant", dans la pratique, il est malheureusement souvent plus "perdant-perdant" à cause de l'insatisfaction liée à la durée excessive, des coûts énormes (argent, temps, énergie, santé), et de résultats en deçà des attentes des deux parties.
INDICATEUR 3 : LES PERSPECTIVES D'AVENIR
Question centrale : Les parties seront-elles amenées à interagir ou collaborer à l'avenir ?
La force spécifique de la médiation :
♣ Orientée vers l'avenir et la suite des relations
♣ Construit un avenir relationnel serein
♣ Domaines concernés : travail, commerce, famille, voisinage
♣ Permet de gérer au mieux la suite des relations
Les limites du procès sur cet aspect :
♣ Règle uniquement le passé (moment T de l'ouverture de procédure)
♣ Cristallise les relations pour le pire
♣ Crée un gagnant et un perdant figés
♣ Ne peut pas gérer la suite des interactions
♣ Tend à rigidifier les positions durablement
MÊME pour les séparations (divorce, fin d'association) :
Paradoxalement, même quand la relation est amenée à se terminer, la médiation reste pertinente :
♥ Elle permet de "plier la page" sereinement
♥ Elle permet de construire un avenir plus constructif
♥ Dans un divorce avec enfants : la relation conjugale se termine mais la co-parentalité continue
♥ Elle aide à terminer la relation dans le calme plutôt que dans le conflit
Les indicateurs secondaires : l'ajustement fin
Fonction des indicateurs secondaires : Ils affinent l'orientation quand les trois indicateurs principaux ne donnent pas de direction claire. Ils permettent de pondérer et d'aller plutôt dans un sens ou dans l'autre.
Exemples d'indicateurs secondaires favorables à la médiation :
♥ Volonté de préserver une relation
♥ Besoin de confidentialité
♥ Solutions créatives nécessaires
♥ Coût disproportionné de la procédure par rapport à l'enjeu
♥ Plusieurs intérêts en jeu (pas seulement juridiques)
♥ Dimension émotionnelle importante (mais pas excessive)
♥ Précédents accords trouvés entre les parties
Exemples de contre-indicateurs à la médiation :
♠ Déséquilibre de pouvoir important et irrémédiable
♠ Besoin d'établir un précédent juridique
♠ Nécessité d'une décision de principe
♠ Questions de droit pur sans dimension relationnelle
♠ Intérêt public en jeu nécessitant une décision judiciaire
♠ Besoin de sanction ou d'exemplarité
♠ Risque de reproduction du comportement nuisible
Limite importante : Les indicateurs secondaires ne peuvent jamais contredire un indicateur principal défavorable. Par exemple, si le degré d'escalade est au niveau 8, aucun indicateur secondaire favorable ne peut justifier la médiation.
Médiation et procès : concurrence ou complémentarité ?
La justice contemporaine ne les oppose plus. Elle les articule.
Il est aujourd'hui fréquent qu'une médiation soit proposée :
♣ Avant toute saisine du juge
♣ En cours de procédure
♣ Ou après un premier contentieux
Un accord issu d'une médiation peut être homologué par le juge et acquérir une force exécutoire, à condition de respecter l'ordre public et les droits fondamentaux.
Mais seuls les éléments couverts par la loi pourront être homologués : tout ce qui relève du champ relationnel restera du domaine de la médiation.
De plus, depuis le 1er janvier 2020, pour certains litiges, une tentative de règlement amiable préalable est obligatoire avant de saisir le juge, sauf motif légitime.
Comment choisir entre procès et médiation ?
Le procès est indispensable lorsque :
♥ Il y a violence, emprise, harcèlement sexuel ou danger
♥ Le conflit relève du pénal ou de l'ordre public
♥ Une protection judiciaire immédiate est nécessaire
♥ Aucun dialogue sécurisé n'est possible
La médiation est plus adaptée lorsque :
♠ Vous souhaitez préserver une relation : familiale, professionnelle, commerciale ou de voisinage
♠ Le conflit a une dimension émotionnelle forte : blessures, sentiment d'injustice, besoin de reconnaissance
♠ Vous voulez une solution sur-mesure : adaptée à votre situation spécifique plutôt qu'une décision standard
♠ Le dialogue reste possible : même s'il est difficile, même s'il faut l'aide d'un tiers
♠ Vous privilégiez la confidentialité : contrairement au procès qui est public
♠ Vous voulez garder le contrôle : sur le calendrier, le processus et surtout, la solution
Un point crucial à retenir :
-> Après une médiation, vous pouvez toujours aller au procès si l'accord n'aboutit pas.
-> Après un procès, vous devez appliquer la décision rendue.
L'ordre des démarches est donc important.
Les limites détaillées de chaque approche
LIMITES DE LA PROCÉDURE JUDICIAIRE
1. Un modèle souvent "perdant-perdant" en pratique :
♥ Insatisfaction liée à la durée excessive (2 à 3 ans en moyenne, parfois beaucoup plus)
♥ Coûts énormes : argent (dizaines de milliers d'euros), temps, énergie, santé mentale et physique
♥ Résultats en deçà des attentes des deux parties
♥ Même le "gagnant" obtient souvent moins que ce qu'il espérait
2. Règle uniquement le passé, pas la suite :
♠ Focalisation exclusive sur ce qui s'est passé jusqu'au moment T
♠ Ne peut pas gérer l'avenir des relations
♠ Cristallise les relations négativement et durablement
3. Peu de place pour les émotions (la partie cachée de l'iceberg) :
♣ Le droit se concentre sur les faits, le droit, les positions juridiques
♣ Tout ce qui relève de l'expérience émotionnelle est écarté
♣ Or c'est souvent 70% de ce qui bloque vraiment dans un conflit
4. Manque de créativité et de flexibilité :
♥ Le juge ne peut accorder que ce qui est juridiquement prévu
♥ Pas de marge de manœuvre pour des solutions sur-mesure
♥ Solutions standardisées qui ne tiennent pas compte des spécificités
5. Conciliations souvent bâclées :
♠ 10 minutes en moyenne
♠ Pas de temps pour approfondir les véritables enjeux
♠ Avocats et parties ne voient pas toujours l'intérêt de cette étape
6. Exemple concret - Cas d'associés :
Des heures et des heures passées à gérer les émotions (trahison, peur, vengeance). Ces heures sont difficilement facturables pour l'avocat et l'empêchent de se concentrer sur son analyse juridique. À la fin : "Dites-moi juste, est-ce que à telle date il s'est passé ça ? C'est ce dont j'ai besoin." Mais impossible d'y arriver à cause de la charge émotionnelle qui bloque tout.
LIMITES DE LA MÉDIATION
1. Inadaptée aux conflits très escaladés (niveaux 7-8-9) :
♥ À partir du niveau 7, plus proche de la violence que de la communication
♥ Discussion directe impossible
♥ Risque d'aggraver la situation
♥ Nécessite intervention d'autorité judiciaire
2. Nécessite la volonté de TOUTES les parties :
♠ Principe de volontariat absolu
♠ Si une seule partie refuse, impossible de procéder
♠ On ne peut forcer personne, même si c'est objectivement la meilleure solution
3. Pas de force exécutoire immédiate :
♣ Un accord de médiation n'est pas automatiquement contraignant
♣ Nécessite homologation ou formalisation
♣ Dépend de la bonne foi des parties pour l'exécution
♣ Risque de retour devant le juge si non-respect
4. Inappropriée pour certains types de litiges :
♥ Questions de droit pur sans dimension relationnelle
♥ Besoin d'établir un précédent juridique ou une décision de principe
♥ Intérêt public en jeu nécessitant transparence
♥ Besoin de sanction exemplaire ou de répression publique
5. Problématique si déséquilibre de pouvoir ou violence :
♠ Déséquilibre de pouvoir important et irrémédiable
♠ Violence domestique ou professionnelle
♠ Manipulation ou intimidation
♠ Risque de reproduire ou amplifier le déséquilibre
6. Impossible pour mesures d'urgence :
♣ La médiation prend du temps
♣ Processus volontaire = délais pour organiser, accepter, dérouler
♣ Mesures conservatoires ou protection urgente nécessitent le juge
7. Risque des situations non médiables envoyées en médiation :
♥ Expérience négative qui discrédite le processus
♥ Peut aggraver le conflit
♥ Donne une mauvaise image de la médiation
♥ D'où l'importance du diagnostic préalable rigoureux
Messages clés à retenir
Voici les 10 points essentiels à retenir pour choisir efficacement entre médiation et procès :
1. Le diagnostic est essentiel avant toute orientation médiation/procès
Sans diagnostic rigoureux, vous risquez une mauvaise orientation qui coûtera 10 fois plus cher en temps, argent et souffrance.
2. Trois critères principaux à évaluer en priorité
Le sérieux de la démarche, le degré d'escalade du conflit, et les perspectives d'avenir. Ces trois indicateurs sont vraiment essentiels pour une orientation précise.
3. Le procès n'est pas la voie naturelle
Il est souvent insatisfaisant pour tous, même pour le "gagnant". Ne le choisissez pas par automatisme mais par diagnostic éclairé.
4. La médiation est inadaptée aux conflits très escaladés (niveau 7+)
À partir du niveau 7 de l'échelle de Glazl, la médiation devient contre-indiquée. Ne forcez jamais la médiation dans ces situations.
5. L'intervention juridique peut aggraver si mal calibrée (niveau 4)
Au niveau 4 de l'escalade, l'envoi d'un courrier juridique peut cristalliser les positions. Une attention particulière s'impose à ce stade critique.
6. Comprendre les objectifs réels, pas seulement les positions juridiques
Ce n'est pas "qu'est-ce que je veux obtenir juridiquement ?" mais "qu'est-ce qui est vraiment important pour moi dans cette situation ?"
7. Médiation orientée avenir vs procès focalisé sur le passé
Le procès règle ce qui s'est passé jusqu'au moment T. La médiation construit la suite des relations. Choisissez selon votre besoin réel.
8. Complémentarité nécessaire entre médiation et procès
Ce ne sont pas des ennemis mais des outils complémentaires. Chacun a sa place selon la situation diagnostiquée.
9. Formation des professionnels cruciale pour bon usage
Les avocats et juges doivent être formés à cette analyse fine pour orienter correctement. La sensibilisation est en cours mais reste essentielle.
10. Analyser avec sérieux pour éviter mauvaises expériences
Une mauvaise orientation (médiation d'une situation non médiable ou procès d'une situation médiable) crée frustration, perte de temps et d'argent, et discrédit des outils.
La règle d'or : Investir dans le diagnostic en amont = Économiser 10 à 100 fois en aval
Ce que cela change concrètement pour vous
La question fondamentale est simple : voulez-vous être acteur ou spectateur de votre solution ?
Souhaitez-vous prendre le contrôle de votre destin en participant activement à la résolution de votre conflit, ou préférez-vous subir une décision imposée par d'autres ?
Ce que vous gagnez avec la médiation :
✓ Garder le contrôle sur la solution
✓ Préserver ce qui peut l'être dans la relation
✓ Traiter les vraies causes du conflit, pas seulement ses symptômes juridiques
✓ Éviter des années de procédure et des dizaines de milliers d'euros de frais
✓ Sortir du conflit en ayant appris quelque chose, pas en ayant simplement "gagné" ou "perdu"
Ce que vous devez accepter :
La deuxième option exige plus de courage. Elle demande d'accepter de s'asseoir à la même table que l'autre partie, de s'exprimer, d'écouter.
Mais c'est aussi la seule qui vous permet de traiter le conflit dans toutes ses dimensions (juridique, émotionnelle, relationnelle, identitaire) et d'en sortir transformé plutôt que simplement jugé.
Testez-vous : De quel type de résolution avez-vous vraiment besoin ?
Répondez honnêtement à ces 15 questions pour identifier la nature profonde de votre conflit et la voie de résolution la plus adaptée :
- Au-delà de l'argent, du partage ou des aspects juridiques, y a-t-il autre chose de plus important en jeu pour vous dans ce conflit ?
- Avez-vous besoin que l'autre personne reconnaisse quelque chose (votre souffrance, votre contribution, votre légitimité, ce que vous avez vécu) ?
- Ce conflit touche-t-il à votre sentiment de dignité, à votre place dans la famille/l'entreprise, ou à votre identité même ?
- Ressentez-vous un sentiment profond d'injustice qui ne se limite pas à ce qui peut être mesuré en euros ou en droits ?
- Vos émotions (colère, tristesse, peur, humiliation) sont-elles si intenses qu'elles vous empêchent de réfléchir clairement à vos options ?
- Même si vous "gagnez" juridiquement ou financièrement, sentez-vous que cela ne suffira pas à réparer ce qui est vraiment cassé ?
- Y a-t-il une relation que vous souhaitez préserver, transformer ou terminer dignement (plutôt que de la détruire complètement) ?
- Avez-vous l'impression que ce conflit rejoue quelque chose de plus ancien, une dynamique qui dépasse la situation actuelle ?
- Ce qui vous bloque, est-ce vraiment le désaccord sur les faits/le droit, ou plutôt l'impossibilité de vous parler et de vous comprendre ?
- Pour l'avenir, souhaitez-vous simplement "en finir" ou avez-vous besoin de comprendre ce qui s'est vraiment passé pour pouvoir avancer ?
- Cherchez-vous une solution qui règle le problème immédiat, ou une transformation qui change la dynamique relationnelle elle-même ?
- Si une solution "sur mesure" existait, différente de ce qu'un juge pourrait décider, seriez-vous prêt à explorer cette voie ?
- Avez-vous le sentiment que les échanges actuels (avec avocat, en négociation) passent à côté de l'essentiel de ce qui vous préoccupe ?
- Ce conflit vous épuise-t-il au point d'envahir vos pensées, votre sommeil, et de contaminer d'autres domaines de votre vie ?
- Au fond de vous, savez-vous qu'une simple décision de justice ou un accord financier ne résoudra pas vraiment ce qui est en jeu ?
Interprétation de vos réponses :
Si vous avez répondu oui uniquement aux questions sur l'argent/le partage/le juridique sans enjeux relationnels ou émotionnels forts : un avocat négociateur ou une médiation facilitatrice peuvent suffire. Vos enjeux sont principalement matériels et juridiques.
Si vous avez répondu oui à 3-6 questions, notamment sur les émotions, la reconnaissance, la relation ou la communication : vous êtes face à un conflit qui nécessite une médiation transformative. Le juridique et le matériel ne sont qu'une partie du problème. Les blocages émotionnels et relationnels empêchent toute résolution durable.
Si vous avez répondu oui à 7 questions ou plus, particulièrement celles sur la dignité, l'identité, le sentiment d'injustice profond, ou la transformation : vous êtes face à un conflit qui touche des dimensions existentielles et identitaires. Une médiation humaniste est nécessaire pour traiter ces enjeux en profondeur. Ni le droit, ni la simple négociation, ni même une médiation classique ne pourront toucher ce qui est vraiment en jeu.
La vérité que personne ne vous dit : Si ce conflit vous obsède, vous épuise, touche à qui vous êtes, et qu'une simple solution matérielle ou juridique vous semble insuffisante, c'est parce que le conflit se joue ailleurs. Dans un lieu que seule une médiation intégrative (transformative et humaniste) peut atteindre.
Vous ne savez pas encore quelle approche correspond vraiment à votre situation ? Un entretien d'orientation de 60 minutes vous permet d'identifier précisément la nature de votre conflit, les véritables enjeux (visibles et invisibles), et l'approche de résolution la plus adaptée. Sans engagement, sans jugement. Juste pour comprendre enfin ce qui bloque vraiment et quelle voie peut vous permettre d'avancer.
Conclusion : choisir la voie la plus juste, pas la plus automatique
Dans de nombreux conflits, les deux dimensions (légale et extra-légale) coexistent.
Le procès tranchera la dimension légale, mais seule la médiation pourra apaiser durablement le conflit en travaillant aussi sur la dimension humaine et relationnelle.
La médiation et le procès sont deux outils au service de la justice, mais ils ne répondent pas aux mêmes besoins : Le procès tranche le droit, La médiation transforme le conflit.
La question n'est donc pas de savoir si l'avocat ou le médiateur est "meilleur". La vraie question est : quel est votre besoin réel ?
Avez-vous simplement besoin qu'on tranche pour vous selon le droit ?
Ou avez-vous besoin de retrouver votre capacité à décider, à dialoguer, à avancer ?
Dans de nombreuses situations complexes, seule une lecture fine (juridique, émotionnelle et relationnelle) permet de choisir la voie la plus juste et la plus efficace.
Le premier pas : clarifier votre situation
Avant de vous lancer dans une procédure judiciaire coûteuse et incertaine, ou même avant d'engager une médiation, il y a une étape essentielle que beaucoup négligent : comprendre précisément la nature de votre conflit.
♥ S'agit-il d'un pur contentieux juridique qui nécessite l'autorité du juge ?
♥ Ou d'un conflit complexe où les émotions, la relation et les besoins non-dits jouent un rôle central ?
♥ Êtes-vous dans une situation où la médiation est possible, ou existe-t-il des obstacles (violence, déséquilibre, ordre public) ?
♥ Quels sont vos véritables objectifs : obtenir réparation selon la loi, ou retrouver un fonctionnement viable ?
Un entretien d'orientation permet de répondre à ces questions en 60 minutes. Sans engagement, sans pression, simplement pour y voir clair.
Parce que le choix entre médiation et procès n'est pas anodin. Il détermine non seulement l'issue du conflit, mais aussi votre capacité à tourner la page et à avancer.
⚠️Si vous êtes dans une impasse, si vous sentez que "quelque chose bloque" au-delà du juridique, si vous voulez comprendre vos options avant de vous engager dans une voie ou une autre, cet entretien peut faire la différence.
Karine BIAVA - RESOVCO (2025) Consultante, coach et médiatrice en résolution de conflits
RESOV'CO Cabinet de Conseils et de Coaching en gestion de conflits – Cabinet de Médiation
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