Conflit : regarder le pire scénario pour décider plus librement

Publié par Karine Biava
Le 20/10/2025

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Conflit : regarder le pire scénario pour décider plus librement

Dans un conflit, la peur du pire peut peser plus lourd que le désaccord lui-même : perdre un emploi, une relation, de l’argent ou sa réputation. Tant que ce scénario reste flou, il vous pousse à céder, à attaquer ou à éviter. L’examiner précisément permet de distinguer le risque réel, qui doit être vérifié, de la peur qui l’amplifie, et de retrouver une décision plus libre.

« Si ça tourne mal, je perds tout. »
Plus le risque paraît énorme, moins on prend le temps de le regarder en détail. Et moins on le regarde, plus il décide à votre place.

Une peur non examinée devient facilement une consigne : « surtout ne prends pas ce risque ». Une peur analysée redevient une information parmi d’autres.
Vous allez voir ce qu’un scénario examiné change dans une négociation, et dans quels cas la peur signale un vrai danger.

Pourquoi la peur du pire pèse-t-elle autant dans un conflit ?

Parce qu’une menace floue ne se discute pas : elle s’impose. Tant que le scénario redouté reste une impression globale (« si ça tourne mal, je perds tout »), il est impossible de mesurer ce qu’il contient vraiment. La peur prend alors la place d’une évaluation et commence à orienter vos choix sans que vous les ayez réellement examinés.

Franck est en désaccord avec son associé sur le rachat d’un concurrent. Depuis des semaines, il évite d’aborder le sujet franchement. Il se répète qu’une confrontation ferait exploser l’entreprise et qu’il perdrait tout ce qu’il a construit. Il accepte donc des décisions qu’il juge mauvaises, puis il les rumine le soir.

Franck ne négocie pas vraiment le rachat. Il négocie avec un scénario catastrophe qu’il n’a jamais regardé en détail : que deviendraient ses parts, quelles clauses prévoient les statuts, quelles options existeraient si l’association prenait fin ? Tant que ces questions restent sans réponse, la peur décide à sa place. Elle prend généralement l’une de ces formes :
♠ céder pour éviter la rupture, puis accumuler du ressentiment ;
♠ attaquer avant d’être attaqué, ce qui durcit la position de l’autre ;
♠ tout contrôler, vérifier, exiger des garanties, au point d’épuiser la relation ;
♠ éviter le sujet, en espérant qu’il se règle de lui-même.

Toutes les peurs sont-elles excessives ?

Non, et c’est le premier point à vérifier. Certaines peurs sont parfaitement ajustées : elles signalent un risque réel, comme une perte d’emploi, une procédure coûteuse, une sanction, une rupture de contrat ou un délai juridique qui court. Dans ces situations, la peur est une information utile, pas un problème à corriger.

Ces peurs appellent une réponse concrète. Il faut vérifier les faits, mesurer les montants, connaître les délais, consulter un avocat lorsque la question est juridique et préparer des solutions de repli. Lorsque le droit est en jeu, comprendre ce que l’avocat peut apporter dans un conflit permet de ne pas confondre une crainte légitime avec une certitude.

⚠️Une peur liée à une menace, à des violences ou à une situation d’emprise n’est pas une peur à « relativiser ». En cas de violence, de menace ou d’emprise, la protection, la sécurité et le droit passent d’abord : aucun format de dialogue, même sans face-à-face, ne doit rendre la situation négociable. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112. Pour les violences conjugales, le 3919 est gratuit et anonyme.

Quand une peur devient-elle amplifiée ?

Lorsqu’elle dépasse ce que les faits permettent d’anticiper, ou lorsque l’enjeu concret porte en plus une signification personnelle. Une critique en réunion peut être vécue comme la fin d’une crédibilité professionnelle, alors qu’elle reste un désaccord ordinaire. Une concession sur une somme peut sembler insupportable parce qu’elle « prouverait » que vous cédez toujours.

Dans ces cas, deux niveaux coexistent. Le premier est matériel : un bien, un poste, une organisation, un montant. Le second concerne ce que l’issue dirait de vous : votre place, votre compétence, votre loyauté envers une famille ou une équipe. Une succession peut réellement porter sur la valeur d’une maison, et en même temps sur ce que la vendre signifierait vis-à-vis des parents disparus. Aucun de ces niveaux n’est faux. Le problème apparaît lorsqu’ils se mélangent au point que le second décide seul de la stratégie.

Il arrive que cette amplification soit liée à des expériences passées : un conflit antérieur qui a mal tourné, une période où dire non a coûté cher. Il n’est pas nécessaire d’en chercher l’origine pour avancer dans le conflit actuel. Il suffit souvent de repérer que la réaction est plus forte que ce que la situation présente justifie. RESOV’CO ne propose pas de psychothérapie. Lorsque la souffrance est ancienne, touche plusieurs domaines de votre vie ou dépasse ce conflit, une psychothérapie est le cadre adapté.

push_pinUne peur proportionnée demande une réponse pratique. Une peur amplifiée demande d’abord d’être distinguée du risque réel qu’elle accompagne.

Que signifie « accepter le pire scénario » ?

Cela signifie le regarder assez précisément pour qu’il devienne décidable, pas s’y résigner. Accepter le pire ne consiste ni à le souhaiter, ni à le provoquer, ni à se persuader qu’il n’aurait aucune importance. Il s’agit de transformer une menace globale en une série de questions auxquelles on peut répondre :

  • que perdriez-vous concrètement si ce scénario se produisait ?
  • qu’est-ce qui resterait possible malgré tout ?
  • quelles protections existent déjà, et lesquelles pourriez-vous mettre en place ?
  • que feriez-vous dans les semaines qui suivent ?


Lorsque ces réponses existent, le pire ne disparaît pas, mais il change de statut. Il n’est plus une menace qui interdit toute réflexion : il devient une option parmi d’autres, avec un coût que vous pouvez comparer à celui des autres options. Pour Franck, cela peut signifier découvrir que les statuts prévoient une procédure de sortie, et que le désaccord sur le rachat peut être discuté sans mettre en jeu toute l’association.

Ce déplacement a aussi un effet sur l’échange lui-même. Lorsque vous n’êtes plus occupé à éviter une issue à tout prix, vous pouvez écouter ce que l’autre propose au lieu d’y chercher la confirmation de la menace. Il arrive alors de découvrir qu’une demande redoutée était moins radicale qu’imaginé, ou qu’un point jugé non négociable pouvait être discuté. Ce n’est pas une règle : parfois, l’examen confirme que le risque est sérieux. Dans les deux cas, la décision repose sur une évaluation, pas sur une impression.

Pourquoi regarder le pire peut-il redonner de la marge ?

Parce qu’on ne peut évaluer une proposition qu’en sachant ce qui se passerait si on la refusait. Une personne qui n’a jamais examiné l’hypothèse d’un échec tend à accepter n’importe quel accord pour l’éviter. À l’inverse, une personne qui connaît sa solution de repli peut dire non à une proposition insuffisante sans que ce refus ressemble à un saut dans le vide.

Cette idée rejoint ce que les négociateurs appellent la solution de repli : ce que vous ferez si aucun accord n’est trouvé. La connaître modifie la manière d’examiner chaque offre. Ce n’est pas une menace adressée à l’autre, c’est un repère pour vous. L’article consacré à la manière de préparer un accord sans aggraver le conflit développe cette préparation.

⚠️Regarder le pire ne rend pas un mauvais accord acceptable. Cela permet seulement de le refuser, ou de l’accepter, en connaissant ce que vous engagez.

La peur fait-elle perdre du pouvoir dans un rapport de force ?

Elle peut réduire la marge que vous avez réellement, mais elle n’explique pas à elle seule le rapport de force. Le pouvoir dans un conflit dépend d’abord d’éléments concrets : les ressources de chacun, l’accès à l’information, le temps dont chacun dispose, les dépendances économiques ou affectives, le soutien de tiers. Une personne qui dépend de l’autre pour son emploi ou son logement n’est pas dans la même situation que la personne dont elle dépend, quel que soit son niveau de sang-froid.

La peur s’ajoute à ces éléments. Elle peut conduire à sous-estimer des options qui existent, à céder avant même d’avoir été contraint, ou à ne pas utiliser un levier disponible. L’enjeu est donc double : mesurer l’asymétrie réelle, puis vérifier si la peur ne la rend pas plus lourde qu’elle n’est. L’analyse de ce que vous pouvez faire quand l’autre semble plus fort aide à faire cette distinction.

push_pinLe rapport de force se mesure d’abord en ressources, en dépendances et en informations. La peur peut ensuite réduire la marge que ces éléments laissent réellement.

L’incertitude peut-elle être le pire scénario ?

Oui : dans certains conflits, le pire n’est pas un événement précis mais l’absence de réponse. Un courrier reste sans suite, une décision est reportée, un interlocuteur ne se manifeste plus. L’incertitude devient alors plus difficile à supporter que n’importe quelle issue, et la tentation est forte d’agir seulement pour la faire cesser.

Attendre peut pourtant être une décision valable lorsque vous savez pourquoi vous attendez et jusqu’à quand. Le risque vient d’une attente subie, sans repère, quand des signaux concrets s’accumulent ou qu’un délai juridique court. Lorsque l’autre ne répond plus, cette distinction entre attente subie et attente décidée devient centrale.

Quand un accompagnement devient-il utile ?

Lorsque la peur brouille votre propre décision au point que vous ne savez plus ce que vous voulez. Le coaching de conflit est un accompagnement individuel qui aide une personne à retrouver du recul et sa propre décision lorsque le conflit l’a brouillée ; il ne construit pas de stratégie contre l’autre et ne décide pas à sa place. Le coaching de conflit individuel aide notamment à séparer le risque réel de ce que la peur y ajoute, sans minimiser ni l’un ni l’autre.

Lorsque l’objectif est clair et que la question devient « comment agir ? », l’accompagnement stratégique en situation de conflit est plus adapté. L’accompagnement stratégique s’adresse à une personne dont l’objectif est clair et qui se demande comment agir : le professionnel analyse avec elle les options, les risques, les acteurs et le calendrier, et peut proposer des pistes, sans décider à sa place. Ces deux cadres ne sont pas des étapes obligatoires. Quelle que soit votre demande, un échange découverte de quinze minutes permet de vérifier le cadre adapté avant tout engagement. Si la question est d’abord juridique, un avocat reste l’interlocuteur à consulter en priorité.

Ne demandez pas à quelqu'un de décider à votre place.
Retrouvez d'abord les conditions qui vous permettent de décider.
Vous ne payez pas un professionnel parce qu'il saurait mieux que vous quelle vie vous devez mener. Vous le consultez parce qu'il sait travailler le processus qui vous empêche momentanément d'entendre, d'examiner et d'assumer votre propre décision.

Vos questions fréquentes

Regarder le pire, n’est-ce pas risquer de l’attirer ?

Non. Examiner un scénario ne le rend pas plus probable ; cela permet de savoir ce que vous feriez s’il se produisait. C’est souvent l’inverse qui pose problème : une peur jamais regardée pousse à des réactions défensives qui peuvent, elles, aggraver la situation.

Comment savoir si une peur est proportionnée ?

En la confrontant à des informations vérifiables : ce que prévoient le contrat, la loi ou les statuts, ce que coûterait réellement l’issue redoutée, ce qui s’est passé dans des situations comparables. Lorsque la réaction reste très forte malgré ces éléments, une autre dimension peut s’ajouter au risque concret, et cela mérite d’être vérifié.

Faut-il dire à l’autre partie ce que vous redoutez ?

Pas nécessairement. Partager une crainte peut parfois apaiser un échange, mais cela peut aussi exposer une vulnérabilité dans un rapport de force défavorable. La décision dépend du niveau de confiance, des enjeux et de ce que l’autre pourrait faire de cette information. Il vaut mieux y réfléchir avant l’échange.

Et si le pire scénario est réellement grave ?

Alors il mérite d’être pris au sérieux, pas relativisé. Un risque grave appelle une préparation concrète : conseil juridique, protection, solutions de repli, calendrier. Regarder le pire ne sert pas à se rassurer à tout prix, mais à agir à partir de la réalité plutôt qu’à partir de l’angoisse.

Le coaching de conflit peut-il faire disparaître la peur ?

Ce n’est pas son objectif. Une peur liée à un risque réel reste utile. Le travail vise plutôt à éviter qu’elle décide seule : distinguer ce qui est vérifiable, ce qui est supposé et ce qui compte vraiment pour vous, afin de choisir en connaissance de cause.

Karine BIAVA - RESOVCO (2026)
Consultante, coach et médiatrice en résolution de conflits
RESOV'CO Cabinet de Conseils et de Coaching en gestion de conflits – Cabinet de Médiation
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