Podcast : 49. Médiation navette : que dit le médiateur à l’autre ?

Publié par Karine Biava
Le 25/10/2026

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49. Médiation navette : que dit le médiateur à l’autre ?

Vous ne voulez plus voir l’autre ? En médiation navette, le médiateur ne lui transmet que ce que vous validez, message par message, formulé pour être entendu. La suite du témoignage de Marc, en conflit avec son voisin.

Description

Si vous ne voulez plus voir l’autre, que lui dit le médiateur ?

En médiation navette, le médiateur ne transmet rien sans votre accord, et il vous le demande message par message, pas une fois pour toutes. Il ne se contente pas de porter vos mots : il travaille avec vous chaque formulation pour qu’elle soit entendue plutôt que combattue, puis redit exactement ce qui a été validé. Il peut aussi attendre le bon moment pour la transmettre. Vous gardez la main sur ce qui sort de la pièce.

Comment un reproche devient-il audible ?
« Il se moque du monde » ne produit qu’une défense immédiate. Le médiateur vous demande sur quoi vous vous appuyez, puis ce que cela vous a fait. Le message devient : trois demandes, aucun changement, le sentiment d’avoir été ignoré. Le fond reste dur, mais on peut contester un jugement sur soi, difficilement le ressenti de quelqu’un. ???? La question devient alors : voulez-vous avoir raison, ou être entendu ?

Ce que vous risquez d’entendre en retour

  • Un signal positif, repéré par le médiateur dans ce que l’autre dit spontanément : « il est fatigué de cette situation, comme moi ».
  • La réponse à une question que vous n’aviez jamais pu poser : le besoin de comprendre peut défaire des années d’interprétation.
  • Une reconnaissance, même petite, qui coûte moins cher à l’autre quand c’est le médiateur qui la dit.

Une journée sans se voir, racontée par Marc
Dans l’épisode 47, Marc racontait l’escalade avec son voisin. Il raconte ici la suite : être écouté avant toute explication, découvrir son plan B, accepter une liste de sujets en mots neutres (« les soirées » plutôt que « le bruit »), tenir pendant l’attente, puis passer le test de réalité avant de signer. Leur accord prévoit aussi ce qu’ils feront au prochain incident.

Ce que la navette ne vous donnera pas
Ni excuses, ni verdict sur qui a raison. Et si la peur de voir l’autre vient de violences, d’emprise ou de harcèlement, la protection passe avant tout. L’épisode se termine par trois lignes à préparer avant toute médiation.
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Transcription

Ce que le médiateur fait de vos mots, et ce que Marc a vécu sans jamais revoir son voisin

La médiation navette, ou médiation indirecte, est un processus dans lequel vous ne vous retrouvez jamais en face de l’autre personne. Chacun est dans une pièce séparée ou, si la médiation se fait en visio, chacun est seul face au médiateur, de façon alternée. C’est le médiateur qui fait les allers-retours entre vous deux, sauf si, à la fin, vous souhaitez échanger ensemble.

Dans cet épisode, nous voyons comment cela se déroule concrètement, ce que le médiateur a le droit de transmettre ou non, pourquoi le fait de ne pas se voir change autant les choses, et ce que ce processus ne peut pas faire pour vous. Pour l’illustrer, je retrouve Marc, que vous avez entendu dans un épisode précédent à propos de son conflit de voisinage.

Points clés de cet épisode
[00:27] Ne plus vouloir voir l’autre : le témoignage de Marc
Pourquoi l’impartialité est appréciée par les parties
[02:53] Médiation navette : le médiateur ne fait pas le facteur
[06:49] Ce que change le fait de ne pas voir l’autre
Récit figé, remplissage des trous, contagion émotionnelle, pensée tunnel
[10:52] Avant le jour J : être écouté d’abord, puis le plan B
[16:32] Le jour J : des sujets en mots neutres et l’attente
[21:26] Ce que le médiateur a le droit de transmettre, et quand
Signal positif, besoin de comprendre, reconnaissance
[25:39] Comment le médiateur rend votre message audible
[28:19] Des premières propositions à l’accord signé
[33:03] Ce que la médiation ne vous donnera pas
[36:16] Préparer votre médiation en trois lignes

Pourquoi je n’ai pas été la médiatrice de Marc

Je précise un point, car certains auditeurs se poseront la question. Marc m’a contactée bien avant sa médiation : je connaissais sa version de l’histoire et ce qu’il cherchait. Nous avions aussi prévu d’en faire un épisode de podcast. Son voisin ne pouvait donc pas vraiment me percevoir comme impartiale. Or l’impartialité ne se décrète pas : le médiateur doit être impartial dans sa posture, mais ce sont surtout les parties qui l’apprécient.

Qu’est-ce que la médiation navette, très concrètement ?

Dans une médiation classique, vous êtes tous les deux autour de la même table avec le médiateur. Dans une médiation navette, vous n’êtes jamais dans la même pièce, ni ensemble sur le même écran. Chacun a son espace avec le médiateur, qui passe de l’un à l’autre. Les salles physiques sont assez rares, car difficiles à organiser : on travaille plutôt en visio.

Le format peut être synchrone : un même créneau pour les deux, pendant lequel le médiateur passe alternativement un temps avec chacun. Il peut aussi être asynchrone, avec des jours et des heures différents pour l’un et pour l’autre. Dans tous les cas, le médiateur repart avec des informations et revient avec d’autres : il devient le lien de communication entre les parties.


⚠️La médiation navette n’est pas une médiation au rabais, ni une médiation classique ratée.

C’est un format différent, utilisé précisément quand le face à face est impossible ou contre-productif. Ce n’est pas non plus une succession d’entretiens individuels : le rôle du médiateur y a des spécificités, et il est indispensable de choisir quelqu’un qui y est formé.

Marc : Dans notre cas, le face à face n’était pas envisageable. On ne se parlait plus depuis dix-huit mois et la dernière fois qu’on s’était croisés, ça avait très mal tourné. Quand on m’a présenté ce format, j’ai d’abord trouvé ça un peu ridicule : deux adultes qui ne se voient pas et quelqu’un qui fait le facteur entre les deux. Ma deuxième réaction a été un soulagement que je n’attendais pas : je n’aurais pas à le regarder, ni à être dans la même pièce que lui, à sentir son énergie.

Ce que Marc appelle « faire le facteur » n’est pas que cela. Un facteur transporte un message tel quel. Le médiateur, lui, élabore le message avec vous : c’est votre message, entièrement, mais travaillé pour être transmissible. C’est le cœur du processus.

Que change le fait de ne pas voir l’autre ?

Quand un conflit s’installe, plusieurs mécanismes rendent la rencontre de plus en plus difficile.

  • Le récit figé : chacun construit une histoire du conflit dans laquelle il tient en général le rôle de celui qui subit. Cette histoire finit par toucher à l’image qu’il a de lui-même. La remettre en question, ce n’est pas changer d’avis sur un fait, c’est se déjuger.
  • Le remplissage des trous : on n’a jamais d’accès direct à l’intention de l’autre. Comme on n’aime pas le vide, on comble ce manque par l’interprétation, presque toujours la plus défavorable.
  • La contagion émotionnelle : en face à face, les émotions s’amplifient en miroir, en quelques secondes.
  • La pensée tunnel : le champ se rétrécit, on ne voit plus que deux issues, gagner ou perdre, et l’ego est blessé.

La navette agit sur ces quatre mécanismes. Vous parlez sans être contredit, donc vous pouvez lâcher votre récit au lieu de le défendre. Le médiateur fait circuler de vraies informations : les trous se remplissent autrement, avec la façon dont l’autre voit les choses. Vous ne voyez pas l’autre, donc la spirale est interrompue. Et comme on explore d’autres sujets que le litige, le champ se rouvre.

Marc : J’ai raconté mon histoire sans être coupé une seule fois, sans que personne me dise « ce n’est pas ce qui s’est passé » ou « tu exagères ». C’était la première fois en deux ans. Mes proches n’avaient plus envie de m’écouter. Et le plus étrange, c’est qu’en la racontant tranquillement, j’ai commencé à en douter tout seul. À un moment, je me suis entendu dire une chose et j’ai pensé : je n’en suis pas si certain. Devant lui, j’aurais tenu ma version à cent pour cent.

push_pinQuand personne ne vous attaque, vous n’avez plus besoin de vous défendre. Et quand vous n’avez plus besoin de vous défendre, vous pouvez enfin réfléchir.

Pourquoi le médiateur vous écoute-t-il avant d’expliquer ?

Il faut d’abord avoir accepté le principe d’une médiation : trouver comment continuer, ensemble ou chacun de son côté. Le format, lui, peut rester ouvert. Tout commence par un entretien individuel de préparation, de quarante-cinq minutes à une heure, avec chacun séparément, souvent en visioconférence.

Le médiateur y a trois objectifs : vous écouter, comprendre ce dont vous avez besoin et vous présenter le processus. L’ordre n’est pas anodin. Quand vous arrivez, vous êtes plein de votre situation et pas disponible pour une présentation de méthode. Il vous demande ensuite de préparer trois choses : votre vision de la situation, les points que vous voulez traiter et, parfois, votre plan B.

Marc : Il a commencé par me dire « racontez-moi ». J’ai parlé quarante minutes sans qu’il me demande de preuves. Seulement après, il m’a expliqué comment ça allait se passer. S’il avait commencé par sa méthode, je n’aurais pas retenu un mot. Il m’a aussi répété à chaque entretien que tout était confidentiel et qu’il ne transmettrait rien sans mon accord. Sur le coup, j’ai trouvé qu’il se répétait ; après, j’ai compris. Ce qui m’a le plus remué, c’est le plan B : me renseigner sur ce qui se passerait sans accord. Combien de temps, combien ça coûte, quelles chances d’obtenir ce que je voulais. J’ai eu l’impression qu’on voulait me décourager. Puis j’ai découvert des mois d’attente, un coût et aucune garantie. Je m’étais raconté beaucoup de choses.

Ce travail ne sert pas à vous décourager, il sert à vous équiper. Quand une proposition sera sur la table, la vraie question ne sera pas de savoir si elle est parfaite, mais si elle est meilleure que ce qui vous attend en cas de refus. Sans plan B, vous décidez à l’aveugle. Le médiateur vérifie aussi que vous avez bien le pouvoir de signer un accord : évident entre voisins, beaucoup moins en entreprise. Comme le précise Marc, toutes les médiations navette ne se déroulent pas exactement ainsi : cela dépend du médiateur, de la situation et de ce que chacun attend.

Que se passe-t-il le jour de la médiation ?

En présentiel, les arrivées sont décalées : se croiser sur le parking peut ruiner la matinée. En visio, chacun est dans sa propre session et le médiateur passe de l’une à l’autre. Il vient d’abord voir chacun, pour le fond et surtout pour accueillir ce que vous ressentez. Il peut proposer une courte réunion d’ouverture de trente à quarante minutes, qui n’est pas obligatoire. Marc et son voisin l’ont refusée tous les deux.

Marc : Le médiateur est arrivé avec la liste des sujets. Il avait écrit « les soirées ». Moi, j’aurais écrit « le bruit », et je trouvais que c’était minimiser. Il m’a répondu que si on écrivait « le bruit », mon voisin pouvait refuser le point, parce que l’accepter revenait à reconnaître d’avance qu’il faisait du bruit.

Cette liste est écrite avec des mots neutres et validée par les deux. Ce n’est pas cosmétique : tant qu’un sujet est formulé avec vos mots, l’autre risque de le refuser, car l’accepter reviendrait déjà à désigner un coupable. Le médiateur rappelle ensuite le cadre de toute médiation : c’est volontaire, vous pouvez partir à tout moment ; c’est confidentiel ; les propositions n’engagent personne tant que rien n’est signé ; et le médiateur ne décide rien.

Que faire pendant que le médiateur est avec l’autre ?

Marc : Au début, je l’ai très mal vécu. J’ai regardé la porte pendant quarante minutes en imaginant ce qu’il racontait. Ce qui m’a sauvé, c’est que le médiateur me laissait toujours quelque chose à préparer, à partir de ce que j’avais dit : ce qui serait acceptable pour moi sur les horaires, ou ce que je pouvais faire de mon côté. Celle-là, je ne l’ai pas très bien prise.

C’est pourtant une tâche très bien vue. Laissé seul sans rien, l’esprit ne se repose pas : il repart dans le procès et reconstruit la charge. La tâche garde votre attention tournée vers l’avant. Pendant ce temps, vous pouvez appeler votre avocat ou un proche, à condition de vous être mis d’accord sur ce que la confidentialité autorise. Le médiateur est aussi garant du temps : l’équilibre des temps fait partie de son impartialité.

Que dit le médiateur à l’autre, et quand ?

La règle est très stricte : tout ce que vous dites au médiateur est confidentiel, y compris vis-à-vis de l’autre partie. Il ne transmet rien sans votre autorisation, et il vous la demande message par message. Il note le message, vous le relit ou le reformule avec vous, puis redit exactement ce qui a été validé, sans inventer ni extrapoler. Autre point moins connu : il choisit le bon moment. Il peut avoir votre accord et attendre, parce qu’il sent que ce n’est pas le moment. C’est du professionnalisme.

Marc : Le premier message que j’ai reçu, c’était à peu près : votre voisin m’autorise à vous dire qu’il est fatigué de cette situation et qu’il souhaite vraiment trouver une solution aujourd’hui. C’est trois fois rien, mais depuis deux ans, je me le représentais comme quelqu’un qui prenait plaisir à me pourrir la vie. Et là, il était fatigué, comme moi.

C’est ce qu’on appelle un signal positif. Le médiateur ne demande pas d’emblée « avez-vous un message à faire passer ? » : en colère, on répondrait « qu’il reconnaisse ce qu’il a fait ». C’est lui qui repère, dans ce que vous dites spontanément, ce qui peut faire évoluer la situation. Trois types de messages circulent ainsi : le signal positif, le besoin de comprendre et la reconnaissance, même petite. Reconnaître quelque chose en face de l’autre peut être vécu comme une capitulation ; le faire dire par le médiateur coûte beaucoup moins.

Marc : Une question me rongeait depuis deux ans : pourquoi, le week-end juste après ma demande, il avait mis la musique plus fort ? Le médiateur est allé chercher la réponse. C’était l’anniversaire de sa mère, soixante-dix ans, organisé depuis des semaines. Ça ne m’a pas fait plaisir : j’avais construit deux ans de colère sur un week-end qui ne me visait pas. Mais je ne pouvais plus dire « il fait tout exprès » avec la même certitude.

C’est exactement le remplissage des trous : une information manquante, remplacée par l’explication la plus hostile. Ce n’est pas de la mauvaise foi, c’est ce que nous faisons tous.

Comment un message devient-il audible par l’autre ?

Si vous dites « cet homme est irrespectueux, il se moque du monde », le médiateur ne le transmettra pas tel quel, non pour vous censurer, mais parce que ce message ne produirait qu’une défense immédiate. Il vous demande sur quoi vous vous appuyez : trois demandes, sans changement. Puis ce que cela vous a fait : l’impression de ne pas exister. Il peut alors proposer : « Marc me dit qu’il a fait trois demandes, qu’il n’a vu aucun changement et qu’il a fini par se sentir ignoré. »


⚠️On peut contester un jugement sur soi, on peut difficilement contester que quelqu’un se soit senti ignoré.

Marc : Ce n’était pas de l’édulcoration. Le fond restait dur, il enlevait seulement ce qui allait déclencher une bagarre. Un jour, il m’a dit : si je le transmets tel quel, il ne l’entendra pas. Voulez-vous absolument avoir raison, ou voulez-vous qu’il l’entende ?

Quand passer aux propositions ?

Le moment de bascule n’est pas fixé à l’avance. On passe aux propositions quand chacun s’est senti suffisamment entendu et que la charge émotionnelle est retombée. Chercher des solutions trop tôt produit l’inverse : la personne se braque et répond que la solution, c’est que l’autre arrête. Aller doucement pour aller vite. Ensuite, le rythme change : entretiens courts, proposition, contre-proposition, ajustement. Avant la signature vient le test de réalité : ce qui est sur la table est-il meilleur que ce qui vous attend sans accord ? Un bon médiateur ne vous vend pas l’accord : c’est vous qui décidez, parce que c’est vous qui vivrez avec.

Marc : Nous avons trouvé un accord à 18 heures passées : un horaire limite pour la musique le week-end, l’engagement de prévenir quand une soirée est prévue, une solution pour le stationnement devant le portail. Et ce qu’on fait si ça recommence : on s’envoie un message avant de faire quoi que ce soit. C’est peut-être le point le plus utile. À la fin, le médiateur nous a proposé de nous voir, juste pour nous serrer la main. On n’est pas devenus amis, mais on n’a plus envie de se bouffer le nez. Ce n’est pas du tout la même chose.

En médiation de voisinage, l’objectif n’est pas forcément la réconciliation. C’est de pouvoir vivre l’un à côté de l’autre sans que chaque incident relance deux ans d’histoire. Les bons accords ne règlent pas seulement le passé : ils prévoient le prochain incident, parce qu’il y en aura un. Quant à la rencontre finale, très courte et sans contenu, elle peut marquer la fin de quelque chose. Elle reste une proposition, faite seulement si les deux le veulent.

Que ne peut pas faire la médiation navette ?

La médiation ne peut obliger personne à s’excuser, ni à reconnaître qu’il a eu tort. Si c’est essentiellement une reconnaissance de faute que vous cherchez, mieux vaut le savoir avant d’entrer : vous pourriez être déçu, même avec un accord signé. Elle ne dit pas non plus qui a raison : ce n’est ni un tribunal ni une enquête. C’est aussi pour cela que beaucoup de choses deviennent possibles et tiennent dans le temps, alors qu’un jugement, il faut encore le faire exécuter.

Enfin, elle ne convient pas à toutes les situations. Quand il y a des violences, de la peur, de l’emprise, du harcèlement ou un rapport de force tel qu’une personne ne peut pas décider librement, la protection passe avant tout. Lorsque la personne qui a subi des violences a fait un chemin, une démarche orientée vers la compréhension ou la réparation, par exemple en justice restaurative, peut parfois être envisagée, toujours au cas par cas.

Note éditoriale (octobre 2026) : le format sans face à face ne suffit pas, à lui seul, à rendre une démarche sûre. En cas de harcèlement au travail, l’enquête, le signalement et les obligations de protection de l’employeur ne sont pas remplacés par une médiation.

Sur les chiffres, certaines statistiques anglo-saxonnes citées pour ce format font état d’environ huit dossiers sur dix aboutissant à un accord, parfois en une journée. Il faut les lire correctement : elles concernent des personnes qui avaient déjà accepté le principe de la médiation.

Marc : Pour les excuses, je confirme : je n’en ai jamais eu. J’y ai pensé quelques semaines. Puis je me suis dit : le samedi soir, maintenant, je dors, et je ne guette plus les voitures à partir de six heures. Ce qui changeait réellement ma vie, c’était la paix, pas ce qui aurait apaisé mon orgueil.

Comment préparer votre médiation ?

Avant toute médiation, navette ou classique, prenez une feuille et préparez trois choses :

  • Votre récit en cinq minutes : ce qui s’est passé, l’effet que cela a eu sur vous, ce qui est important à traiter. Évitez de tout raconter dans l’ordre chronologique.
  • La liste des sujets à traiter : des sujets, pas des revendications ni des solutions.
  • Votre plan B : le temps, les coûts et vos chances réelles s’il n’y a pas d’accord. Écrivez-le avant, car la fatigue et l’émotion rendent cette réflexion difficile sur le moment.

Demandez-vous aussi : qu’est-ce qui doit concrètement avoir changé demain matin pour que cela en ait valu la peine ? Si la réponse est « qu’il reconnaisse tout », vous entrez avec un objectif que la médiation ne peut pas garantir.

Marc : C’est exactement le conseil que je donnerais. J’avais fait cet écrit avant. Le jour même, quand une proposition est arrivée, j’ai su tout de suite si elle répondait à mes trois lignes. Sans ce travail, j’aurais dit non à tout, par réflexe. Mais je ne veux pas que les gens croient que ça se passera forcément comme pour moi.

Ce qu’il faut retenir

  • Ne pas se voir n’est pas un échec : c’est parfois la seule condition pour que quelque chose circule enfin.
  • Le médiateur ne transporte pas vos mots : il travaille leur formulation avec vous et ne transmet jamais rien sans votre accord.
  • Sachez ce que vous venez chercher : un accord peut régler votre problème pratique sans vous apporter la reconnaissance attendue.
  • Le but n’est pas forcément de vous réconcilier : arrêter de se bouffer le nez est un objectif légitime, et souvent le plus réaliste.

Quand un conflit dure, la question n’est plus seulement de savoir qui a raison. Il faut aussi comprendre ce que le conflit est devenu. C’est seulement alors que vous pouvez choisir la bonne action.

Karine BIAVA, RESOV’CO (2026)

Consultante et coach en gestion des conflits, médiatrice

RESOV’CO, conseil, coaching en gestion des conflits et médiation

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