Podcast : 23. Victime de HARCÈLEMENT SUITE à un conflit

Publié par Karine Biava
Le 28/03/2026

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23. Victime de HARCÈLEMENT SUITE à un conflit

Savez-vous comment le harcèlement moral surgit suite à un conflit ? Le harcèlement de représailles est une forme méconnue. On parle souvent du harcèlement sexuel et du harcèlement moral classique. Mais il existe cette forme aussi.

Description

Du conflit ordinaire au harcèlement de représailles : comprendre le glissement



Un conflit peut-il devenir du harcèlement sans que l'auteur le sache ?

C'est la question centrale de cet épisode. Imaginez un collaborateur compétent, reconnu, dont la proposition est refusée par sa direction. Quelques semaines plus tard, ses comportements ont changé : retards stratégiques, contestations publiques, mails à la hiérarchie, déjeuners de couloir pour semer le doute. Il se perçoit comme quelqu'un qui se défend face à une injustice. Pourtant, objectivement, il harcèle. Ce décalage entre intention et impact est au cœur des formes de harcèlement les plus sous-estimées.

Les quatre étapes du glissement

Ce basculement suit une logique psychologique précise :

  • Le désaccord initial : un refus, une décision perçue comme injuste, dont la charge émotionnelle dépasse l'événement objectif.
  • La rumination et réécriture de l'histoire : le cerveau en état de menace déforme progressivement la réalité. Le biais de confirmation hostile s'installe.
  • La légitimation intérieure de la riposte : la personne se convainc qu'elle réagit en légitime défense. Les premiers comportements hostiles apparaissent.
  • L'escalade : les micro-agressions deviennent ostracisme, la critique devient dénigrement systématique. La spirale est enclenchée.



Ce qui distingue le harcèlement de représailles du harcèlement classique

Trois points de différence fondamentaux : l'origine (déclencheur précis), la chronologie (incident identifiable) et l'objectif : non pas l'éviction, mais la punition. L'auteur cherche à rétablir une justice perçue. Tant qu'il n'a pas ce sentiment, l'escalade peut continuer.


Que faire quand on est pris dans cette spirale ?

Que vous soyez victime, auteur ou témoin, des pistes concrètes existent. La documentation factuelle, le regard extérieur formé, et surtout la capacité à distinguer la menace réelle de la blessure ancienne réactivée sont des points d'entrée essentiels. Dans les conflits complexes, un accompagnement personnalisé n'est pas un luxe : c'est une nécessité. Chez RESOV'CO, nous accompagnons victimes et auteurs avec des outils adaptés à chaque dynamique relationnelle. Ne restez pas seul avec ça.

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Transcription

Du conflit ordinaire au harcèlement de représailles : un glissement psychologique invisible


Introduction


Comment un conflit ordinaire peut-il basculer en harcèlement ? Et pourquoi ce glissement est-il bien plus fréquent et plus subtil qu'on ne le croit ? Dans cet épisode, nous mettons en lumière le mécanisme psychologique qui transforme un désaccord en comportement harcelant. Nous vous donnons des clés pour reconnaître ce basculement, que vous en soyez témoin, victime, ou parfois acteur sans vous en rendre compte.

Points clés de cet épisode

  • [00:00:26] Introduction : conflit ou harcèlement ?
    La question centrale et la promesse de l'épisode
  • [00:01:08] Marc, chef de projet
    Un cas concret pour entrer dans le vif du sujet
  • [00:03:00] Le harcèlement de représailles
    Définition et spécificité de cette forme méconnue
  • [00:05:18] Les trois formes de harcèlement
    Sexuel, moral classique, et de représailles
  • [00:08:05] Les étapes du glissement
    Les quatre phases du basculement du conflit vers le harcèlement
  • [00:12:16] La légitimation de la riposte
    Le moment où les comportements hostiles deviennent légitimes aux yeux de l'auteur
  • [00:15:08] La confusion : se défendre ou harceler ?
    La mécanique neurologique derrière l'aveuglement psychologique
  • [00:18:02] Classique vs représailles
    Les trois distinctions qui changent tout dans l'analyse et les solutions
  • [00:20:59] Que faire concrètement ?
    Des pistes pour victimes, auteurs et témoins
  • [00:24:28] Marc : la sortie de spirale
    Ce qui a vraiment changé les choses pour lui


Cliquez sur le timing pour commencer le chapitre. La lecture commencera 1s après.

Marc : le profil du harceleur qui s'ignore


Est-ce que vous avez déjà vu quelqu'un changer du tout au tout après un refus ? Imaginez Marc, chef de projet dans une PME, quelqu'un de compétent, reconnu. Un jour, il propose à sa directrice une nouvelle stratégie. Elle dit non. Pas avec méchanceté. Juste non, ce n'est pas la bonne direction pour le moment. Marc croit encaisser. Mais dans les semaines qui suivent, quelque chose change. Il arrive systématiquement en retard aux réunions de sa directrice. Il conteste ses décisions devant les équipes. Il envoie des mails qui informent la hiérarchie de chaque dysfonctionnement en mettant sa directrice en copie. Et très subtilement, il commence à semer le doute.


⚠️Si vous demandez à Marc ce qu'il fait, il vous répondra : « Je me défends. Elle me sabote depuis que j'ai proposé cette idée. Je fais juste mon travail. » Marc ne se perçoit pas comme un harceleur. Il se perçoit comme quelqu'un qui réagit à une injustice.


C'est exactement de ça qu'on parle aujourd'hui : ce basculement de la victime d'un conflit à l'auteur d'un harcèlement. C'est l'un des mécanismes les plus sous-estimés, les plus mal compris et les plus dévastateurs dans les situations conflictuelles.

Qu'est-ce que le harcèlement de représailles ?


Quand on dit harcèlement, la plupart des gens pensent immédiatement à deux formes. La première : le harcèlement sexuel, la situation de domination évidente. La deuxième : le harcèlement moral classique, la mise au placard, les humiliations répétées, l'isolement progressif jusqu'à ce que la personne craque et parte d'elle-même. Ces deux formes sont protégées par le Code du travail et le Code pénal. Elles sont heureusement de mieux en mieux reconnues.

Mais il en existe une troisième, bien moins visible, bien moins nommée. Et pourtant, dans notre pratique chez RESOV'CO, c'est celle qu'on rencontre le plus souvent dans les conflits qui dégénèrent.

push_pinLe harcèlement de représailles ne démarre pas d'une volonté froide de casser quelqu'un. Il démarre d'un conflit, d'un désaccord, d'une blessure perçue. Il y a toujours un déclencheur précis, un avant et un après nets. Et son objectif n'est pas l'éviction ni la soumission : c'est la PUNITION.


Les quatre étapes du glissement


Personne ne se lève un matin en se disant « je vais harceler mon collègue ». C'est un glissement, une pente douce, parfois si douce que ni l'auteur ni son entourage ne s'en aperçoivent avant que la situation soit trop avancée.


Étape 1 : le désaccord initial

Tout commence par un refus, une décision perçue comme injuste, une promotion qui n'arrive pas, une proposition rejetée. La charge émotionnelle peut être totalement disproportionnée avec l'événement objectif. Ce qui compte, c'est ce que ça représente pour la personne : sa reconnaissance, sa valeur, sa sécurité. Pour Marc, le refus de sa directrice sur une décision managériale banale est vécu comme une humiliation. Son idée, travaillée pendant des mois, y était attachée. Et peut-être quelque chose de bien plus ancien en lui se réactivait.


Étape 2 : la rumination et la réécriture de l'histoire

C'est l'étape invisible, celle qui se passe dans la tête. Le cerveau rejoue la scène, encore et encore. À chaque relecture, quelque chose se déforme légèrement. La directrice qui a dit non devient progressivement quelqu'un qui voulait lui faire du mal. Une phrase anodine devient une attaque. Un regard distrait devient du mépris.

push_pinLes psychologues appellent ça le biais de confirmation hostile : le cerveau en état de menace ne cherche plus la réalité, il cherche des preuves de ce qu'il croit déjà. Et il en trouve parce qu'il les fabrique.



Étape 3 : la légitimation intérieure de la riposte

Une fois le récit de victime injustement traitée solidement installé, quelque chose se déverrouille. La personne se dit, consciemment ou non, qu'elle est EN DROIT de réagir. « Je me protège. C'est injuste. Je rétablis l'équilibre. C'est elle qui a commencé. » Et là, les premiers comportements hostiles apparaissent, d'abord discrets, presque anodins. Ce que la personne ne voit pas encore, c'est que ces comportements répétés, intentionnels et déstabilisants correspondent exactement à la définition légale du harcèlement.


⚠️Le harceleur qui ne se sait pas harceleur : c'est peut-être la réalité la plus difficile à entendre dans toute cette histoire.



Étape 4 : l'escalade

La personne ciblée réagit, se défend ou se replie. Dans tous les cas, le signal reçu valide le récit de l'auteur : « Elle cherche effectivement à m'éliminer. » Les comportements s'intensifient. Ce qui était des micro-agressions devient de l'ostracisme. Ce qui était de la critique devient du dénigrement systématique. La spirale est enclenchée, et en face, la personne ciblée commence à en ressentir les effets psychologiques et physiques : insomnie, anxiété, peur d'aller au travail.

La confusion fondamentale entre menace et réalité


Le système nerveux humain ne distingue pas bien entre une menace physique réelle et une menace psychologique perçue. Face à ce qui est vécu comme une attaque, même si c'est un refus, même si c'est une décision managériale, le cerveau déclenche les mêmes mécanismes archaïques. Le système d'alarme s'active. L'amygdale prend le contrôle. Et les trois options classiques apparaissent : combat, fuite ou paralysie.

Le harcèlement de représailles, c'est la réponse combat qui s'étire dans le temps. Une guerre d'usure. Et la personne vit sincèrement dans un état de LÉGITIME DÉFENSE. Elle n'est pas cynique. Elle croit profondément être attaquée. C'est ça la vraie subtilité.

Classique vs représailles : trois distinctions qui changent tout


Le harcèlement moral classique et le harcèlement de représailles partagent les mêmes méthodes, les mêmes effets. Mais trois points les distinguent fondamentalement :

  • L'origine : dans le harcèlement classique, pas forcément de conflit préalable. Dans le harcèlement de représailles, toujours un déclencheur identifiable.
  • La chronologie : le harcèlement classique s'installe lentement. Le harcèlement de représailles commence après un incident précis. L'entourage dit souvent : « Il a changé du jour au lendemain. »
  • L'objectif : le harcèlement classique vise l'éviction ou la soumission. Le harcèlement de représailles vise la punition. L'auteur cherche à rétablir une justice. Tant qu'il n'a pas ce sentiment, l'escalade peut continuer.


Que faire concrètement ?


Chaque situation a sa propre dynamique. Ce qui suit n'est pas un protocole, mais des orientations.

Si vous êtes victime : commencez par documenter. Pas nécessairement pour un dossier immédiat, mais pour garder un fil de réalité solide. Date, fait, contexte. Et ne restez pas seul : l'isolement est l'allié numéro un du harcèlement.

Si vous vous reconnaissez dans le profil de l'auteur : posez-vous cette question : est-ce que je réagis à une menace réelle, ou à quelque chose qui ressemble à une blessure ancienne réactivée ? Cette question seule ne suffit pas, mais elle peut être le début d'une prise de conscience importante.

Si vous êtes témoin : ne minimisez pas. Un harcèlement de représailles non nommé peut durer des années et laisser des traces irréversibles.

push_pinDans les conflits complexes, le regard extérieur n'est pas un luxe : c'est une nécessité. Pas pour vous dire quoi faire, mais pour vous aider à voir ce que vous ne pouvez pas voir de l'intérieur.


Marc : la sortie de spirale


Marc a finalement été convoqué par les RH. Non pas parce que sa directrice a gagné, mais parce qu'un collègue, mal à l'aise depuis des semaines, a finalement mis un mot sur ce qu'il observait.

Ce qui a changé pour Marc, ce n'est pas une sanction : c'est un accompagnement. Quelqu'un a pris le temps de lui faire retracer la chronologie. De lui faire voir l'écart entre ce qu'il avait vécu subjectivement et ce que ses comportements avaient produit objectivement sur les autres.

Marc ne cherchait pas à détruire sa directrice. Il cherchait à retrouver quelque chose qu'il avait perdu : le sentiment d'être reconnu, d'avoir de la valeur. Mais la voie qu'il avait empruntée ne pouvait lui donner que de la destruction, de l'autre et de lui-même.

C'est là la vraie transformation possible : non pas trouver qui est coupable, mais comprendre comment on en est arrivé là. Et se demander : qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

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Karine BIAVA - RESOVCO (2025)

Consultante, coach et médiatrice en résolution de conflits

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