Vous voulez que le conflit s'arrête. Vous avez peut-être même des décisions à prendre avec l'autre personne. Pourtant, l'idée de vous retrouver devant elle vous fait déjà renoncer : vous savez que vous allez vous fermer, vous mettre en colère, perdre vos moyens ou repartir dans la même discussion.
Oui, peut-être. Cela ne signifie pas forcément que toute médiation est impossible.
Face-à-face impossible. Conflit toujours là. Autre voie.
Alors vous renoncez à la médiation. Et vous laissez le conflit continuer, faute de format supportable.
Il existe une forme de médiation dans laquelle les personnes ne dialoguent pas directement : la médiation navette, aussi appelée médiation indirecte ou médiation sans rencontre directe.
Quels autres noms peut-on rencontrer pour la médiation navette ?
Les appellations les plus utiles sont médiation navette et médiation indirecte. Vous pouvez aussi rencontrer médiation en navette, médiation par navette et, en anglais, shuttle mediation. Les expressions médiation sans rencontre directe ou médiation sans face-à-face décrivent très clairement le même principe pour le grand public.
On entend parfois aussi médiation en séparé ou médiation séparée. Ces formulations sont compréhensibles, mais elles doivent être maniées avec prudence : elles décrivent seulement le fait que les personnes ne sont pas ensemble. Or recevoir chacun séparément ne suffit pas à faire une médiation navette. Il faut toujours un même processus de médiation entre les parties et une circulation organisée d'éléments utiles au règlement de leur différend. De la même façon, un aparté, parfois appelé caucus, n'est pas nécessairement une médiation navette : il peut n'être qu'un moment séparé au sein d'une médiation qui se déroule principalement en séance commune.
L'idée n'est pas d'éviter le problème. Elle consiste à modifier les conditions dans lesquelles vous allez pouvoir le traiter. Lorsque la présence de l'autre empêche précisément de réfléchir, d'écouter une proposition ou de décider, remettre immédiatement les personnes face à face peut parfois maintenir le blocage au lieu de le résoudre.
Ce type de blocage est compréhensible sur le plan psychologique. Quand une discussion est devenue associée à la menace, au jugement ou à l'anticipation d'une attaque, votre attention se déplace facilement du problème à résoudre vers la protection de votre position. Or un conflit complexe demande exactement l'inverse : garder plusieurs informations en tête, tolérer une proposition imparfaite, comparer des options et différer sa réponse. Des travaux sur le stress aigu montrent justement qu'il peut réduire la mémoire de travail et la flexibilité cognitive. La navette peut alors avoir un intérêt non parce qu'elle supprime le conflit, mais parce qu'elle réduit certains déclencheurs immédiats qui empêchent ce travail de décision.
À retenir : la médiation navette ne cherche pas à éviter le conflit. Elle modifie les conditions dans lesquelles les personnes essaient de le traiter lorsque le face-à-face lui-même participe au blocage.
Sans face-à-face veut-il simplement dire en visioconférence ?
Non. Une visioconférence commune reste un face-à-face : vous voyez l'autre, vous l'entendez et vous lui répondez directement. Dans une médiation navette, les personnes travaillent séparément et le médiateur organise les échanges entre elles.
Ce qui définit donc la navette n'est pas la distance géographique. Vous pouvez être dans deux pièces différentes ou chacun à votre domicile. Ce qui change est la structure de l'échange : vous ne réagissez plus directement à la personne, mais vous continuez à participer à un même processus de médiation.
Point essentiel : des entretiens individuels NE SONT PAS une médiation navette. Le fait qu'un même professionnel reçoive l'un puis l'autre séparément ne suffit pas.
Pour qu'il y ait médiation navette, les deux personnes doivent participer à un même processus portant sur leur différend et quelque chose doit réellement circuler entre elles :
♥ une demande
♥ une proposition
♥ une réponse
♥ une information utile
♥ une condition
♥ un point d'accord
Si chacun vient seulement raconter son vécu ou recevoir des conseils pour lui-même, il s'agit de deux accompagnements individuels, pas d'une médiation navette.
La différence est importante parce que notre système de réaction ne répond pas seulement à la distance physique. Voir le visage de l'autre, entendre son ton et devoir répondre immédiatement suffit souvent à réactiver les mêmes anticipations qu'en présentiel. Une visioconférence peut donc reproduire presque à l'identique la dynamique relationnelle qui bloque. La navette change davantage que le lieu : elle change la temporalité et le circuit de communication.
À distance, peut-on rester totalement séparés en ligne ?
Oui. Une médiation navette peut aussi se dérouler à distance sans réunion virtuelle commune. Les deux personnes restent dans des espaces numériques distincts et ne se voient ni ne s'entendent directement ; le médiateur passe de l'un à l'autre tout en maintenant un seul processus de médiation.
Cette différence compte lorsque la visioconférence elle-même reproduit le problème : voir le visage de l'autre, entendre son ton ou devoir répondre en direct peut suffire à relancer la même tension qu'en présentiel. Le bénéfice recherché n'est donc pas simplement d'être chacun chez soi, mais de supprimer temporairement la réaction directe tout en maintenant une circulation organisée des demandes, propositions et informations utiles.
Pourquoi le face-à-face peut-il parfois empêcher d'avancer ?
Parce que le problème n'est pas toujours seulement ce sur quoi vous êtes en désaccord. Il arrive que les conditions mêmes de la discussion deviennent une partie du problème.
Vous savez ce que vous vouliez dire avant la rencontre. Puis l'autre commence une phrase, prend un ton que vous connaissez, ou fait une proposition que vous interprétez immédiatement à travers tout ce qui s'est déjà passé. Vous ne traitez plus seulement la proposition. Vous réagissez aussi à l'histoire du conflit, à la méfiance, à la colère, au sentiment d'injustice ou à la peur de céder.
Dans cette configuration, séparer temporairement les espaces peut redonner du temps. Il devient parfois plus facile d'examiner ce qui est réellement proposé, de préciser ce que vous refusez et de distinguer ce qui est essentiel de ce qui est devenu une réaction au conflit lui-même.
Ce phénomène peut s'expliquer sans conclure que l'un ou l'autre est incapable de communiquer. Sous forte tension, l'attention se resserre sur les signaux perçus comme menaçants : un mot, un ton, un regard ou une contradiction. Les recherches sur le stress aigu montrent qu'il peut diminuer la mémoire de travail et la flexibilité cognitive. Concrètement, vous disposez alors de moins de ressources pour garder plusieurs options en tête, entendre une nuance et modifier votre première interprétation.
Le face-à-face peut donc devenir une contrainte cognitive en plus d'être une difficulté relationnelle.
Que faut-il encore avoir à régler pour qu'une médiation ait un sens ?
Il doit rester quelque chose à traiter entre vous. Une médiation n'a pas pour fonction de remettre artificiellement en relation des personnes qui n'ont plus rien à décider, organiser ou négocier ensemble.
- Deux voisins peuvent ne plus vouloir se parler et pourtant devoir continuer à vivre côte à côte.
- Deux ex-conjoints peuvent ne plus vouloir être un couple mais rester liés par certaines décisions.
- Deux associés peuvent envisager de se séparer tout en ayant encore des modalités à fixer.
- Un salarié et un employeur peuvent ne plus vouloir poursuivre la relation de travail dans les mêmes conditions mais devoir encore organiser une sortie ou régler un différend.
La médiation peut donc avoir pour résultat un accord, mais aussi une organisation suffisamment claire pour continuer, se séparer ou décider de la suite. Elle n'a pas besoin d'avoir pour objectif une réconciliation.
Pour comprendre ce qui se joue, il est utile de distinguer trois niveaux : le contenu concret du désaccord, la boucle relationnelle créée par les réactions de chacun et les contraintes du contexte. Une intervention peut être pertinente sur un niveau et inutile sur un autre. C'est précisément pour cela que changer de format peut parfois aider, mais seulement lorsque la forme de l'échange fait réellement partie du blocage.
Qu'est-ce que la médiation navette peut rendre possible ?
Elle peut permettre de participer alors que vous auriez refusé toute rencontre commune. Elle peut aussi redonner un temps de réflexion entre une proposition et votre réponse, diminuer certaines réactions immédiates et recentrer le travail sur ce qui doit réellement être décidé.
Le bénéfice le plus intéressant n'est donc pas simplement le confort de ne pas voir l'autre. C'est la possibilité, dans certaines situations, de retrouver des capacités qui deviennent moins accessibles en présence de l'autre : écouter suffisamment, comparer plusieurs options, formuler une demande précise, dire non sans surenchère ou accepter une partie d'une proposition sans avoir le sentiment de perdre la face.
Ce que le travail séparé peut rendre possible est avant tout une meilleure qualité de décision. Vous pouvez examiner une option, préciser une condition, reconnaître un point acceptable sans que ce geste soit immédiatement lu comme une défaite. Ce déplacement est important parce qu'un accord devient envisageable lorsque les personnes peuvent à nouveau comparer des options, pas seulement défendre leur position.
La médiation navette est-elle une médiation plus facile ?
Non. Pour les personnes, elle peut rendre certains échanges plus supportables. Mais pour le processus, elle crée aussi de nouvelles difficultés.
Vous n'entendez plus directement les nuances de l'autre. Vous dépendez davantage de la façon dont les échanges sont organisés. Une phrase rapportée n'a pas toujours le même effet qu'une phrase entendue directement. La confiance dans le médiateur et dans le cadre prend donc une importance particulière.
⚠️C'est précisément pour cette raison que la navette ne devrait pas être choisie simplement parce que le conflit est difficile. Elle doit répondre à une difficulté identifiable du face-à-face et apporter davantage qu'elle ne fait perdre.
La séparation déplace la difficulté au lieu de la supprimer. Ce que les parties gagnent parfois en calme et en temps de réflexion, le processus le paie par davantage d'allers-retours et par une dépendance accrue à la qualité de l'intermédiation.
C'est une logique de compensation : on réduit la pression de l'interaction directe, mais on augmente les exigences de clarté et de cohérence du processus.
Peut-on commencer séparément puis se rencontrer ?
Oui. Le choix du format n'a pas besoin d'être définitif. Une médiation peut commencer séparément, puis évoluer vers une rencontre commune limitée lorsque celle-ci devient réellement utile.
L'inverse est également possible : une médiation commencée ensemble peut devoir être réorganisée lorsque les échanges directs deviennent trop improductifs. Le bon résultat n'est donc pas de réussir à remettre tout le monde dans une même pièce. LE BON RÉSULTAT est de disposer du format qui permet encore de travailler sur le différend.
C'est notamment une option à envisager dans certains conflits salarié-employeur : lorsqu'un harcèlement est allégué, lorsqu'une reprise doit être organisée, ou lorsqu'une rupture de la relation de travail est envisagée, le processus peut commencer en séparé puis être réévalué. La suite n'est pas écrite d'avance : poursuivre en navette, rencontrer l'autre plus tard si cela devient utile, ou choisir une autre voie.
Les capacités de discussion varient d'ailleurs au fil du temps. Une rencontre peut devenir utile lorsque l'incertitude baisse et que les sujets sont mieux délimités ; elle peut aussi perdre tout intérêt si elle replace les personnes dans une logique de défense immédiate. Penser le format comme réversible permet de chercher l'utilité réelle de chaque étape plutôt que la conformité à un modèle unique.
Un accord obtenu en médiation navette a-t-il moins de valeur qu'un accord obtenu en face-à-face ?
Non, pas du seul fait que les personnes ont travaillé séparément. Ce qui compte juridiquement n'est pas d'avoir été réunis dans la même pièce, mais la nature de l'accord, le consentement des parties, sa rédaction et le cadre juridique applicable.
Lorsqu'un accord amiable est constaté par écrit, il peut, selon le type de différend et la forme retenue, recevoir une force exécutoire dans les conditions prévues par le droit. Autrement dit, la navette change le chemin de négociation, pas automatiquement la portée de ce qui est finalement accepté.
⚠️Pour un accord ayant des conséquences juridiques importantes, chacun doit néanmoins pouvoir faire vérifier précisément ce qu'il signe.
La médiation navette convient-elle à tous les conflits ?
Non. ⚠️Le fait de séparer les personnes ne suffit pas à rendre une situation médiable. Lorsque la sécurité, la liberté réelle de participer ou la possibilité de décider sont sérieusement compromises, la priorité peut être ailleurs.
La navette ne doit pas davantage servir à transformer un problème qui relève d'une obligation juridique, d'une décision d'employeur, d'une expertise ou d'une mesure de protection en simple négociation entre deux personnes.
Elle est une modalité de médiation, PAS UNE SOLUTION UNIVERSELLE.
C'est ici qu'il faut distinguer un problème de communication d'un problème de sécurité, de liberté ou de pouvoir de décision. Une personne peut parler très calmement tout en n'étant pas réellement libre de refuser. À l'inverse, deux personnes très en colère peuvent parfois rester parfaitement capables de décider. Le niveau d'émotion n'est donc pas, à lui seul, le bon critère. Ce qui compte est la possibilité réelle de participer sans menace et de garder la maîtrise de ses choix.
Comment savoir si la médiation sans face-à-face mérite d'être envisagée ?
Une question simple permet déjà de mieux raisonner.
Qu'est-ce qui doit encore être traité entre vous, et qu'est-ce que la présence de l'autre vous empêche aujourd'hui de faire correctement ?
Si le face-à-face empêche surtout d'écouter, de réfléchir, de formuler ou de décider, le travail séparé peut avoir un sens. Si le problème se situe ailleurs, changer de format ne suffira pas.
C'est cette distinction qui évite de choisir la navette par défaut et qui permet de garder ouverte la médiation classique lorsque le dialogue direct redevient utile.
Une manière simple de raisonner consiste à séparer le contenu du conflit de la capacité à le traiter. Deux personnes peuvent être en désaccord profond tout en restant capables de négocier ensemble ; inversement, elles peuvent être relativement proches sur le fond mais incapables d'avancer dès qu'elles se retrouvent. La navette devient pertinente surtout dans le second type de difficulté : lorsqu'elle restaure une capacité de travail qui existe encore mais qui se désorganise en présence de l'autre.
Et si une médiation en face-à-face redevient possible ?
La médiation navette n'a pas vocation à devenir une règle définitive. Si une rencontre directe redevient utile, suffisamment praticable et cohérente avec le résultat recherché, elle peut être envisagée. Dans d'autres situations, le processus séparé peut rester le bon format jusqu'au bout. L'objectif n'est pas de réunir les personnes à tout prix, mais de leur permettre de traiter le différend dans des conditions qui rendent réellement la décision possible.
Ce qui rend une rencontre praticable n'est pas le temps écoulé, mais ce qui a changé entre-temps : des points déjà réglés, une incertitude qui a baissé, un sujet mieux délimité. La question ne se tranche donc pas une fois pour toutes au début du processus. Elle se repose à mesure que la situation évolue, et la réponse peut légitimement rester non jusqu'au bout.
Quand demander un regard extérieur ?
Lorsque vous avez encore quelque chose à régler avec l'autre personne mais que chaque tentative de discussion vous ramène au même point, l'enjeu n'est plus seulement de trouver de meilleurs arguments. Il peut être utile de faire examiner la situation, ce qui reste réellement à traiter et le format dans lequel ce travail pourrait redevenir possible. RESOV'CO intervient précisément à ce niveau : clarifier avant d'agir, puis choisir le cadre adapté au conflit plutôt que forcer un dispositif standard.
Dans un conflit installé, les échanges présents peuvent être chargés par l'historique du conflit. Une demande peut être entendue comme un contrôle, une limite comme un rejet ou une absence de réponse comme une provocation, non parce que cette interprétation est forcément juste, mais parce que les épisodes précédents servent de cadre de lecture. Mettre temporairement de la distance dans les échanges peut aider à distinguer ce qui appartient à la situation actuelle de ce qui est réactivé par l'histoire du conflit.
Vos questions fréquentes sur la médiation navette
Voici les cinq questions qui reviennent le plus souvent avant de choisir ce format.
Le médiateur répète-t-il tout ce que je lui dis à l'autre partie ?
Non, il ne transmet que ce que vous acceptez de faire circuler. Chaque élément est validé avec vous avant d'être transmis, et la confidentialité reste la règle du processus. C'est précisément ce qui rend la navette utilisable quand la confiance est très faible.
La médiation navette coûte-t-elle plus cher qu'une médiation classique ?
Pas nécessairement, mais elle demande souvent davantage de temps. Les allers-retours multiplient les entretiens séparés, ce qui peut allonger le processus. Le coût dépend donc du nombre de séances réellement nécessaires et des modalités convenues au départ avec le médiateur.
Peut-on faire une médiation navette pendant une procédure judiciaire ?
Oui, une démarche amiable peut se poursuivre alors qu'une procédure est déjà engagée. Un accord trouvé peut mettre fin au litige, en tout ou partie. Il reste préférable d'en informer votre conseil pour articuler les deux démarches sans vous pénaliser.
Mon avocat peut-il participer à une médiation navette ?
Oui, si vous le souhaitez et si le cadre le prévoit. Sa présence est fréquente lorsque les enjeux juridiques sont importants. Vous pouvez aussi le consulter en parallèle, sans qu'il participe aux entretiens, notamment avant de signer un accord.
Combien de temps dure une médiation navette ?
Cela dépend du nombre de sujets à traiter et du rythme des échanges. Certains différends se règlent en quelques entretiens, d'autres demandent plusieurs semaines. La durée se fixe avec vous en fonction de l'objectif retenu, pas d'un format standard.
Karine BIAVA - RESOVCO (2026)
Consultante, coach et médiatrice en résolution de conflits
RESOV'CO Cabinet de Conseils et de Coaching en gestion de conflits – Cabinet de Médiation
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